Les boursiers de la Fondation Ford et la recomposition des sciences sociales brésiliennes: Le cas de la science politique

Publicado em: Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, Hors-série n°2, 2009, pp. 33–55.

Qu’est-ce qui assure à certains groupes, à des moments déterminés de restructuration de l’espace politique, la force suffisante pour agir, avec succès, dans le champ de la politique académique et dans les transformations de l’espace politique ?

Cet article[1] traite d’un groupe d’anciens boursiers de la Fondation Ford qui, après leur doctorat aux états-Unis, ont lutté, dans le champ des sciences sociales brésiliennes des années 1960-1980, pour faire reconnaître leur compétence et leur autorité intellectuelle en matière d’analyse des phénomènes politiques et pour fonder cette discipline scientifique au sein de l’enseignement supérieur brésilien, dans des centres de recherche et des institutions scientifiques, à côté des institutions de l’état et des marchés de l’expertise.

Deux dynamiques ont contribué au fort investissement réalisé par ce groupe d’anciens boursiers dans la délimitation et l’opérationnalisation de l’objet d’étude de la discipline. En premier lieu, la stratégie hégémonique des grandes organisations philanthropiques américaines dans le contexte de la guerre froide a occupé un rôle clef dans la production de connaissances, aux état-Unis et dans le monde entier (Hammack, 1999 : 44). Deuxièmement, dans le contexte autoritaire du Brésil des années 1964-82, les paradigmes de la science politique et de l’économie américaines ont été à l’origine de nouveaux modèles d’interprétation de la réalité nationale, s’écartant des anciens, ancrés dans le droit (Dezalay & Garth, 2002, 2006 ; Engelmann, 2006), ou dans la sociologie, et bousculant la hiérarchie des savoirs.

L’hypothèse qui soutient ce travail est que l’importation de la science politique est le résultat d’actions d’individus, d’institutions concrètes, et non le produit de tendances et de forces incontrôlées et abstraites. C’est ce qui justifie l’investigation des pratiques qui ont présidé au recrutement de boursiers par la Fondation Ford, et la mise en relation des réseaux familiaux, des écoles secondaires, des cours supérieurs et des bourses d’études avec les carrières et les investissements réalisés à cet effet.

Le matériel de recherche utilisé, outre la bibliographie concernant l’action philanthropique de la Fondation Ford dans le champ des sciences sociales, provient d’informations sur les parcours de ces anciens boursiers (correspondance, entrevues, témoignages, publiés dans des revues scientifiques : Pesquisa, Teoria e Sociedade, Estudos Históricos) et de recherche dans des banques de données et institutions spécialisées (Plataforma Lattes du CNPq, sites internet d’universités, de l’Académie des Sciences, de l’Académie brésilienne des Lettres, d’entreprises de consultants politiques, d’organismes internationaux comme CARE, le Club de Madrid, etc). Ces données ont été comparées avec celles existant dans la banque des boursiers créée par la recherche-mère « Circulation internationale d’universitaires et transformation de l’espace culturel », laquelle emmagasine les données d’études de 15 915 individus bénéficiaires d’une bourse d’étude au moyen des agences CAPES, CNPq, et FAPESP, entre 1987 et 1998.

Science politique : les stratégies de la philanthropie internationale

La science politique au Brésil n’a pas encore fait l’objet d’une histoire reconnue, bien que son existence institutionnelle ne puisse pas être mise en doute : elle présente un ensemble d’attributs matériels (présence dans les universités, dans des agences de contrôle et de financement de la recherche de l’état, dans les instances de représentation académique, les organismes intergouvernementaux, les associations internationales, etc.) qui en font une discipline respectable. Selon la chronologie institutionnelle, la dénomination “science politique”, au singulier, comme discipline spécialisée dans l’analyse de l’espace public, apparaît officiellement, au Brésil, en 1965, quand est créé le Département de Science politique à la Faculté de Philosophie de l’Université Fédérale du Minas Gerais (UFMG). Auparavant, les études politiques faisaient partie du cursus des écoles de Droit, de Philosophie et de Sociologie, étant liées à la réflexion sur le droit constitutionnel, à l’analyse de certains phénomènes sociaux et à l’économie politique (Arruda, 1989 ; 2004).

La discipline a été légitimée dans les années 1970, lors de son inclusion dans le domaine des Sciences humaines d’après le classement des agences publiques de financement à la recherche. L’Association brésilienne de Sciences politiques a été créée en 1986. Mais l’identité de la discipline avait commencé à être discutée vingt-cinq années auparavant, au début de 1960, à Belo-Horizonte, à la Faculté de Sciences économiques (FACE), où existait un cours intitulé “Sociologie et Politique” couplé au cours d’Administration publique. De ces discussions est né le Département de Science politique à l’Université du Minas Gerais, le premier du Brésil, sous le patronage de la Fondation Ford.

Je n’ai pas la prétention de combler ici les lacunes existantes dans l’histoire de la science politique au Brésil, mais de soulever quelques points relatifs à l’action de la Fondation Ford pour y introduire cette discipline, à partir du cours de Sociologie et Politique de la FACE. Dans les deux seuls articles disponibles qui traitent spécifiquement de l’émergence de la science politique au Brésil (Arruda, 1989 ; Forjaz, 1997), on constate que le lien qui rattachait cette discipline au droit public et à l’économie politique a été coupé par l’engagement quasi-militant d’un groupe de nouveaux professeurs formé dans ce cours.

Ces professeurs, au nombre de seize, faisaient partie des vingt-cinq étudiants brésiliens recrutés par la Fondation Ford pour étudier la science politique à l’étranger. Sur ces seize, douze venaient de la FACE et sont partis aux état-Unis ; trois sont allés dans des universités européennes : deux d’entre eux venaient de l’USP, et le troisième de l’Université Fédérale du Rio Grande do Sul (tableau 1).

Après avoir obtenu le doctorat aux états-Unis, dix des boursiers de la FACE ont pu, avec l’appui de la Ford (cf. infra), créer à l’Institut Universitaire de Recherche de Rio de Janeiro (IUPERJ), le premier doctorat de Science Politique du pays. Toujours à l’IUPERJ, le groupe a contribué à la création de la revue Dados – Revista de Ciências Sociais, désormais la principale revue brésilienne dans ce domaine, et, grâce à ces réseaux, à la création de l’Association Nationale de pós-graduação et de Recherche en Sciences Sociales (ANPOCS), en 1977. Au sein de cette association, sous la direction de Olavo Brasil de Lima Jr, ces anciens doctorants de la FACE, parrainés par la Fondation Ford, ont travaillé activement à la création de « Groupes de travail », sur les partis, le comportement électoral et les problèmes d’institutionnalisation politique. Depuis, ces dix chercheurs siègent dans des comités du CNPq et de la CAPES, figurent comme conseillers ou experts auprès du gouvernement fédéral ou du parlement, et ont une présence constante dans les conférences et colloques internationaux.

Dans le tableau 2 (ci-dessous), construit avec les donnés concernant six scientifiques sélectionnés pour la démonstration[2], il est possible de vérifier la “rentabilité” propre à la circulation internationale dans la carrière de ces représentants de la nouvelle discipline et, en même temps, de constater leur présence dans les hauts lieux des décisions stratégiques internationales, dans la haute administration brésilienne et sur le marché de l’expertise.

L’observation de l’activité et de la carrière de ces anciens boursiers de la Fondation Ford nous permet de les situer non seulement comme les introducteurs de la science politique au Brésil, mais surtout comme des cadres dirigeants participant à l’élaboration des politiques publiques. Ils s’engagent dans des luttes pour moderniser les dispositifs de l’état, les compétences du gouvernement, et les circuits du marché, tant au niveau national qu’international, en tant que membres de commissions de réformes de l’état ou de conseils consultatifs internationaux. Ils comptent donc au nombre de ceux qui prétendent dire quelles sont « les meilleures manières » de s’insérer dans les transformations en cours dans le champ du pouvoir à une échelle globalisée.

C’est ce qui m’amène à montrer rapidement, à partir du programme Individual Behavior and Human Relations lancé par la Fondation Ford dans les années 50, les stratégies qui ont amené cette fondation à intervenir au Brésil et, plus spécifiquement, à privilégier un programme d’enseignement, essentiellement axé sur la science politique dans le Minas Gerais et à Rio de Janeiro, en se désintéressant de la formation des étudiants paulistes en sociologie. À São Paulo, l’investissement de la Fondation a concerné un centre de recherche sur la réalité brésilienne le CEBRAP – Centro brasileiro de Análise e Planejamento – qui a accueilli, hors de l’USP, une bonne partie des intellectuels de haut niveau évincés des universités paulistes par la dictature militaire. Le programme développé dans cette institution favorisa l’engagement en politique de nombre d’entre eux, dans les années 80, comme ce fut le cas pour l’ancien président de la République, Fernando Henrique Cardoso.

Il n’est donc pas surprenant de constater que les représentants de la nouvelle discipline ont été à la source d’un conflit entre les différentes factions du champ traditionnel des études politiques (droit, sociologie, philosophie), ce qui ouvre une voie à une réflexion sur la façon dont le champ s’est redéfini et reproduit avec l’arrivée de nouvelles générations.

La Fondation Ford et la formation d’un paradigme international des sciences sociales

Au début des années 50, les programmes de la Fondation Ford visaient le remplacement de la théorie politique traditionnelle par des études comparatives, relatives aux formes de gouvernement et aux comportements politiques dans un cadre international. Bernard Berelson, le directeur du programme, croyait que par ce biais, la Fondation pourrait influencer la conception et l’organisation d’un nouveau champ intellectuel (Gemelli, 2003 : 271) qui comprendrait non seulement la diffusion d’une culture en sciences sociales fondamentales, mais également d’une culture empirique en sciences sociales appliquées, qui servirait à « changer le cours de l’histoire », conformément à l’expression de Frank Sutton, dernier vice-président aux affaires internationales de la Ford (Rose, 2003 : 91).

La comparaison entre l’action de la Fondation Ford en Turquie et au Brésil aide à comprendre l’opération de mise en place d’un modèle de modernisation pour les pays en voie de développement (Lipset, 1963), par l’entremise d’intellectuels financés par la Fondation pour des projets techniques. De la même façon que la révolution cubaine a entraîné une priorité donnée aux actions développées en Amérique latine, la crainte de l’influence communiste en Europe méridionale et au Moyen Orient a mené à des actions similaires en Turquie. La Fondation y a fait 80 dons, d’un total de 16 millions de dollars, entre 1953 et 1971 (Rose, 2003). La date d’ouverture des bureaux de la Ford dans ce pays – 1960 – et l’orientation donnée au travail qui y était effectué coïncident bien avec ce qui a été fait au Brésil : premièrement, recruter et attirer des étudiants en sciences sociales en des lieux disposant des bases institutionnelles qui permettraient de les intégrer aux stratégies promues par les mécènes, en espérant qu’ils développeront, plus tard, des programmes d’enseignement dans le pays d’origine, sans plus d’intervention directe de la Fondation ; deuxièmement, assister le groupe de scientifiques ainsi soutenus pour qu’il puisse créer et développer dans leur pays une agence scientifique centrale, afin de coordonner la recherche scientifique nationale, et éviter le « brain-drain » (Rose, 2003). Dans les deux pays, le lieu préférentiel choisi pour le recrutement initial a été une école d’administration : celle d’Istanbul en Turquie et, au Brésil, celle de Belo-Horizonte.

En Turquie, les chercheurs se sont dirigés vers Harvard, alors qu’au Brésil, les étudiants se sont dispersés dans différentes universités des états-Unis (cf. supra, tableau 1). La Fondation partageait la croyance positiviste de la sociologie des années 60, qui affirmait que la science sociale était une science précise, ayant les moyens de modifier la réalité[3]. Ce qui justifiait les 16 millions de dollars que la Fondation a investis dans le programme scientifique de la Turquie, pendant la période 1966-1988, et les plus de 13 millions de dollars investis au Brésil, entre 1966-1988, essentiellement consacrés (tableau 3), au développement de la science politique considérée comme un outil stratégique. Ce financement a permis la création de formations doctorales qui sont encore de nos jours les pôles dominants, et de centre de recherches novateurs comme le CEBRAP, dirigé lors de sa création par le sociologue Fernando Henrique Cardoso.

Une fondation philanthropique ne distribue pas son argent sans discernement. Elle sait bien que le succès de ses programmes dépend de la rencontre de bénéficiaires expérimentés et susceptibles de négocier des projets en commun. Comprendre le choix du cours de Sociologie et Politique de l’UFMG pour le recrutement des boursiers, au détriment d’autres cours plus réputés, mais dominés par le marxisme, comme ceux de l’USP, dans un contexte politique où la Fondation était perçue, au Brésil, comme un « instrument de l’impérialisme américain », c’est comprendre l’espace de concurrence académique avec lequel et contre lequel la Fondation intervenait (Miceli, 1993 ; Reis, 2004).

Les étudiants mineiros dans l’espace des études politiques des années 1950-1960

Le recrutement des étudiants du cours de Sociologie et de Politique de la FACE par l’agent de la Fondation Ford, Peter Bell, tient à un ensemble de dispositions incorporées de ces étudiants. Le tableau 4 (ci-dessous) montre un groupe relativement homogène socialement, dont les études précédentes avaient été financées par des bourses d’études accordées par des institutions brésiliennes ou internationales.

Comme on peut l’observer, les étudiants mineiros recrutés possédaient un capital social relativement modeste et, surtout, aucun n’appartenait au réseau des familles d’hommes politiques connus du Minas Gerais. Mais ils ont fréquenté des écoles secondaires de premier plan, comme le Collège Arnaldo ou le Collège Marconi[4] , ce qui démontre l’intérêt de leurs familles pour l’investissementscolaire. À l’exception de l’un d’entre eux, tous semblent constituer la première génération qui accède aux études supérieures dans la famille. Tous ont bénéficié des bourses d’études de la FACE depuis la licence. Deux étudiants sont partis à l’étranger pour la première fois en tant que boursiers de l’ONU, pour une maîtrise en sociologie au Chili, à la Faculté Latino Américaine de Sciences Sociales (FLACSO). L’accès à ces formations exigeait un fort investissement en mathématiques et statistiques, une orientation qui « avait beaucoup à voir avec la science sociale nord-américaine » (Carvalho, 1998 : 61)[5] .

Le tableau souligne aussi le fait qu’ils avaient un engagement politique dans des mouvements étudiants de gauche clandestin : à l’AP ou à la POLOP6 , ce qui les distingue des héritiers des familles traditionnelles mineiras, inscrits à la Faculté de Droit, destinés à une carrière dans la haute fonction publique et qui étaient membres ou militants des partis politiques officiels. Eux appartenaient à la Faculté de Sciences économiques, une faculté éloignée du circuit social et politique fréquenté par les héritiers des “grandes familles” mineiras. Ces étudiants ont reçu des bourses d’études au mérite, financées par des entrepreneurs mineiros à la suite d’un concours considéré comme très difficile. Les étudiants comme les professeurs étaient soumis à un régime de travail à plein temps, fait rare au Brésil. Le privilège était accompagné d’une discipline d’acier, ils étaient tenus d’aider les collègues en difficulté et de rédiger un mémoire à la fin de chaque année scolaire (Carvalho, 1998 : 359). À cet effet, ils avaient à leur disposition une bibliothèque comportant les classiques de l’économie et de la sociologie, ainsi que des abonnements à des périodiques considérés comme les plus importants du monde académique international. L’entretien avec l’un des anciens boursiers montre que l’agenda de ces étudiants était dense :

« Après la matinée, consacrée aux cours, tout l’après-midi était occupé par des études intenses, des conversations soutenues, des travaux de rédactions, parce que les étudiants aussi bien que les professeurs collaboraient à la presse écrite. Par exemple, le quotidien Diário Católico avait un supplément littéraire qui a duré quelques années : la plupart de ses contributeurs venaient de notre équipe, nous faisions des comptes-rendus de livres ou d’autres articles sur des thèmes culturels ; il y avait aussi d’autres groupes qui collaboraient à la presse, mais le poids de notre équipe de Sciences économiques était particulièrement important » (Arruda, 1989 : 259).

Une grande partie d’entre eux a été engagée comme professeurs de la FACE, après le diplôme. « On inaugure, en ce moment, [1962] la première génération de professeurs anciens boursiers, ayant une tête moderne et nécessairement autodidactes », a écrit Cláudio de Moura Castro, ancien boursier[7]. Selon l’expression de Simon Schwartzman, le système des bourses a créé une trajectoire intellectuelle et professionnelle dans la « périphérie de la périphérie » (cité par Arruda, 1989 : 255), à savoir : dans la périphérie des écoles considérées comme légitimes, et dans la périphérie des grands centres intellectuels du pays.

Ainsi, les agents de la Fondation Ford ont trouvé à Belo-Horizonte une génération de sociologues à la fois disciplinés, mais aussi arrogants et iconoclastes comme tous les prétendants contrariés dans leur vocation politique, avec une formation sociologique plus proche des sciences sociales américaines que de l’orientation française accordée par des écoles paulistes. Ils expérimentaient « la sensation qu’il n’y avait rien avant nous, que tout devait être réinventé et recréé […]. La question était seulement de lire et d’étudier (dans les livres français qui arrivaient à la librairie Duas Cidades, ou en anglais, que nous apportait, Dieu sait d’où, Júlio Barbosa) », comme le dit Schwartzman (1997)[8] .

La discipline intellectuelle exigée par ce système de bourses distinguait ces élèves de ceux de la Faculté de Droit ou de la Faculté de Philosophie, où fonctionnaient également des cours de sciences sociales. Contrairement aux autres, le cours de Sociologie et politique de la FACE se déroulait au sein d’une Faculté d’économie créée pour assurer la modernisation de l’état du Minas Gerais et combler son retard face à Rio de Janeiro et à São Paulo (Arruda, 2004)[9]. Cette institution n’était pas le fruit du travail d’une mission étrangère, comme celles de l’état de São Paulo, mais celui des changements qui s’étaient produits dans l’état depuis les administrations de Milton Campos et de Juscelino Kubitschek, financées par la Fondation Rockfeller. La modernisation de l’appareil administratif a été promue par le recrutement de fonctionnaires basé sur le mérite, ce qui exigeait une filière d’enseignement spéciale, susceptible de développer l’ambition de jeunes brillantes recrues. C’est un tel enseignement qui a été assuré par la FACE, qui dispensait, entre autres cours, ceux d’économie et d’Administration Publique. Les étudiants de cette école étaient formés pour exercer la fonction de “conseiller du prince”. Ce programme, loin de la réalité agraire de l’économie mineira, était, cependant, en phase avec les stratégies politiques de formation de professionnels nécessaires sur le plan national, afin de maintenir les hommes politiques mineiros au pouvoir, au moment où des grandes avancées pour la planification de l’économie nationale avaient lieu.

Bolivar Lamounier, un des anciens boursiers, est assez explicite au sujet des objectifs du cours de Sociologie et de Politique :

« Cela veut dire que personne n’avait de doute sur le fait que, dans cette faculté, se formaient les futurs experts du Gouvernement [du Minas Gerais] ou de l’État [fédéral]. Et ceci, de fait, s’est produit… Moi, par exemple, j’ai eu comme professeur de Politique économique Fernando Reis, qui deviendra par la suite une figure puissante de l’état, président de la Compagnie Vale do Rio Doce, directeur d’entreprises d’état. Personne ne doutait qu’une génération d’experts s’y formait » (Arruda, 1989 : 255).

La première reconnaissance de l’efficacité du système de bourses de la FACE a été, dans un premier temps, le recrutement de ses meilleurs boursiers par la FLACSO. Au Chili, grâce à la FLACSO, ces étudiants mineiros, militants de mouvements de gauche, entrèrent en contact direct avec la science politique nord-américaine et avec une définition analytique de la politique, qui permettait « de montrer ce qu’il y a de politique dans les foyers de conflits et de solidarité qu’on trouverait dans toute sphère de la vie sociale, de même que leur éventuelle importance, plus ou moins grande, pour ce qui se passe sur le plan de l’État » (Reis, 2004 : 29).

La FLACSO a constitué la première grande impulsion pour la Science politique brésilienne. Dans cette approche de la politique, éloignée de l’orientation philosophique et juridique, il y avait déjà une accroche à Belo Horizonte, via les études électorales dirigées par Orlando Carvalho, avec la Revista Brasileira de Estudos Políticos (RBEP). Créée à la faculté de Droit en 1956, la revue, tournée vers l’édition des études empiriques, divulguait des méthodes et des thèmes nouveaux dans le milieu académique brésilien, comme la nature du système de partis, l’origine sociale des dirigeants, l’idéologie des partis, leurs finances, les pratiques électorales. Elle publiait des auteurs nationaux et étrangers, favorisant la circulation internationale des idées. Unique dans son genre au Brésil, elle servait de pont entre deux générations en combinant la tradition philosophique et juridique de la science politique française avec l’orientation nord-américaine, contribuant à la formation des étudiants de la FACE.

Le créateur de la RBEP, Orlando Carvalho, avait été un des fondateurs de l’UDN[10], et secrétaire d’état dans le gouvernement de l’udeniste Milton Campos. Ainsi, la revue mobilisait, dans les enquêtes et monographies qu’elle publiait sur les élections dans le Minas Gerais, toute l’idéologie udeniste tournée vers le “légalisme” et l’exhibition de l’attachement aux vertus civiques, ce qui n’était pas pour déplaire à des agences nord-américaines engagées dans la guerre froide[11]. Dans les commémorations des 75 ans de l’UFMG, en 2002, Murilo de Carvalho a fait une déclaration éclairante sur ce lien de la revue avec les militants udenistes, qui s’est développé avec la chute de Getúlio Vargas, en 1945 :

« En créant la RBEP un peu plus de dix ans après la démocratisation du pays [Orlando de Carvalho] était conscient que le perfectionnement du système des partis et des pratiques électorales était une condition essentielle à la consolidation de la démocratie. En cela, il représentait le bon côté de l’udenisme mineiro, personnifié surtout par Milton Campos. Mais la démocratie n’est pas advenue à cette époque. La bataille continue encore, et c’est l’honneur d’Orlando de Carvalho d’avoir été un des militants d’une cause à laquelle il faut croire pour ne pas la perdre » (Carvalho, 2002 : 2).

Dans ce milieu étudiant engagé, les agents de la Fondation Ford ont su trouver un terrain favorable à l’un de leurs objectifs, qui était non seulement de constituer une science rigoureuse de la société, mais aussi de cultiver une vertu civique indispensable à la construction d’un marché international de la compétence d’état[12], sous hégémonie américaine.

Du côté des étudiants recrutés, il est important de souligner le fait qu’ils n’auraient pas pu monter facilement la hiérarchie des partis politiques existants, ou même de la haute administration, qui constituaient une “réserve de chasse” des héritiers des grandes familles mineiras, sortis de la Faculté de Droit. Carlos Eloi Guimarães[13], député fédéral pendant six législatures, et descendant de grands chefs politiques nationaux de l’UDN, originaires de la même circonscription électorale que Bolivar Lamounier, exprime bien ce monopole de fait des postes électifs :

« Quant à mon entrée dans la vie publique, le début s’est déroulé de la façon suivante : mon oncle Paulo Campos et Magalhães Pinto (gouverneur UDN de l’État) ont décidé que je devrais être député […]. J’ai été élu député sans être connu des électeurs : à vingt-quatre ans, je ne pouvais pas être connu des électeurs ; de plus, je n’étais pas même un dirigeant syndical, et je venais de sortir récemment de la Faculté de Droit… » (CEMIG, 2004 : 14).

Les nouveaux politologues et la recomposition des sciences sociales

L’adhésion, sans beaucoup de discussion, de ces étudiants mineiros de la FACE à l’offre qui leur avait été faite par la Fondation Ford n’est pas surprenante, comme l’illustre les propos de Murilo de Carvalho, premier de ces boursiers à avoir été sélectionné :

« La Fondation Ford avait décidé d’investir dans les sciences sociales en Amérique latine, particulièrement dans les domaines de la science politique, de l’anthropologie et de l’économie […]. Cet appui a eu de grandes conséquences, il a entraîné ici la création de divers cours de science politique – celui du Minas, celui de l’IUPERJ […]. La motivation de la Ford est venue évidemment en réponse à la Révolution Cubaine. Mais il importe de dire qu’elle n’en a jamais retiré de profits directs. Elle donnait simplement aux institutions l’argent destiné aux bourses, et l’institution l’utilisait comme elle voulait. J’étais tout juste en train de terminer la licence (à la FACE), quand s’est ouverte la sélection des boursiers pour les États-Unis. J’ai été reçu et sélectionné dans la première promotion. D’autres l’ont été après, tant de l’IUPERJ […] que du Minas. J’y ai réellement été par hasard, j’ai terminé ma licence et je suis parti ensuite. Cela a été la raison pour laquelle je suis parti aux États-Unis, rien d’autre » (Carvalho, 1998 : 363).

Le témoignage de Fábio Wanderley Reis, un des chantres du Département de Science politique de l’université mineira, révèle la même absence d’une réflexion plus attentive sur les stratégies hégémoniques de la Fondation :

« Il s’est trouvé que la Fondation Ford a décidé de mettre en œuvre un programme de soutien aux sciences sociales au Brésil, certainement avec une motivation au moins confusément politique, et l’UFMG a été la première institution à être pourvue d’une dotation significative. António Octávio Cintra a occupé un rôle important dans les premiers contacts avec la Fondation Ford, grâce à Peter Bell, qui fut le premier agent effectif de la Fondation dans ce domaine. Des conversations entretenues alors, nous avons négocié la possibilité de créer, avec le soutien financier de la Fondation, un Département de Science politique […] qui inclurait les activités et les personnes en relation avec la politique, non seulement de la Faculté de Sciences économiques (Júlio Barbosa, Antonio Octávio Cintra, moi-même) mais aussi de l’École de Droit, autour du Professeur Orlando de Carvalho et de la Revista Brasileira de Estudos Políticos, et de l’ancienne Faculté de Philosophie, de Sciences et de Lettres, d’où le Professeur Tocary de Assis Bastos a intégré l’équipe initiale du Département » (Reis, 2004 : 27).

La rencontre qui s’est réalisée entre ces étudiants brillants et ambitieux – au capital social relativement faible et sans aucun capital politique notable, ayant par conséquent peu d’espoir d’insertion professionnelle à Belo-Horizonte – et les objectifs de la Fondation Ford a produit des fruits de grande qualité, compatibles avec l’investissement fait de part et d’autre : les boursiers se sont imprégnés de la culture libérale et légaliste des universités américaines et, à partir des liens forts qu’ils y ont établis, ils ont créé un réseau d’anciens collègues et d’élèves, imposant une nouvelle façon de concevoir la science politique. Ce réseau a irradié les principaux centres académiques et politiques brésiliens, puis s’est élargi au niveau international.

José Murilo de Carvalho, dans un commentaire exemplaire, éclaire la façon dont, à leur retour des états-Unis, les liens des anciens boursiers se sont consolidés pour modeler ce qui deviendra la science politique au Brésil :

« J’ai connu Wanderley (Guilherme dos Santos) à Stanford, nous sommes devenus amis, je suis revenu au Brésil, il est rentré peu après et m’a invité à quitter Minas pour venir à l’IUPERJ. À ce moment, il m’a semblé que ce serait une expérience intéressante […]. Il n’y a pas de doute que Rio et São Paulo sont beaucoup plus au centre du débat politique » (Carvalho, 1998 : 366).

Fábio Wanderley Reis est plus explicite quant à l’importance de l’articulation du système de disposition de ces jeunes mineiros avec les objectifs de la Fondation Ford pour la réorientation de l’enseignement politique :

« Mais le départ, à un moment donné, de nombreux mineiros pour Rio, en particulier à l’IUPERJ, s’est combiné avec les opportunités semblables de formation, favorisées par l’appui de la Fondation Ford à notre Département de Science politique et à l’IUPERJ, afin de créer une certaine homogénéité d’orientation qui, au moins dans le secteur de la science politique, permettait un contraste plus ou moins clair de ces deux expériences avec celles de l’USP ou de l’UNICAMP » (Reis, 2004 : 27).

De fait, de retour de l’étranger, ces représentants de la nouvelle discipline se sont transformés en une espèce de « jeunes Turcs », selon l’expression de Fábio Wanderley lui-même, par le conflit qu’ils engendrèrent entre les différentes factions du secteur traditionnel des études politiques (droit, sociologie, philosophie). Il en résulta de grandes tensions au sein de l’UFMG, allant jusqu’à la destitution de directions[14]. Ces polémiques se répercutaient fortement sur le groupe de sociologues et de philosophes paulistes. Les jeunes Turcs, obsédés par le traitement systématique de données empiriques – « couplage entre la référence à un matériel empirique et la réflexion qui ne renonce pas à être théorique » (Reis, 2004 : 24) – refusaient aux autres concurrents leur classement même dans la science politique, voire dans la science tout court.

Une génération entière de politologues a été formée avec cette orientation, qui allait dans le sens opposé de celle des sciences sociales dispensée par la Mission française des années 1930. Le nombre de thèses qu’ils ont orientées, le nombre d’universités où ils ont enseigné, et les centres de recherche dans lesquels ils ont circulé, ne laissent pas de doute sur la signification et l’impact de leur voyage aux états-Unis dans l’organisation des modes de production de la nouvelle discipline et dans les directions qu’elle a prise au Brésil. Leur rôle dans la formation à la théorie et aux méthodes et techniques de recherche véhiculées par les sciences sociales américaines, les processus de sélection, de filtrage et de traduction, c’est-àdire tout le travail de comparaison que constitue un voyage d’études, ressort dans le réseau intellectuel qu’ils ont développé pour une confrontation avec d’autres groupes actifs à São Paulo, à l’USP et au CEBRAP, et dans le Minas Gerais, réseau que résume le tableau 5.

De cette façon, un corps de producteurs reconnu en science politique a pu émerger, autour d’une dénomination, d’un objet, et d’une confrontation de questions et de méthodes dans l’espace des sciences sociales. L’action de ces anciens boursiers a permis de fonder une discipline. Comme l’écrit Michel Offerlé (2002 : 256), rappelant les travaux de Victor Karady (1979 : 49), celle-ci a surmonté les trois épreuves de légitimation face aux autres disciplines de sciences sociales : la production d’une connaissance spécifique (légitimation scientifique), la définition de moyens propres de recrutement (légitimation académique), et la réunion d’un public plus ou moins profane (légitimation sociale).

Mais c’est le recrutement pour une formation aux états-Unis qui a rendu possible l’homogénéité d’orientation nécessaire à l’insertion du programme de la nouvelle science politique dans les cadres institutionnels de l’académie brésilienne. En même temps, la formation, favorisée par les bourses de la Fondation Ford, a intégré les politologues brésiliens dans les débats promus par les cercles savants nord-américains, dont les contacts, jusqu’alors, se faisaient prioritairement dans le champ disciplinaire de l’économie, via la PUC/Rio et l’EPGE/FGV (Loureiro, 1997).

Cet article n’est qu’un premier pas dans une recherche plus vaste portant sur les facteurs qui ont permis l’importation de la science politique de facture nord-américaine au Brésil. Le travail est parti de l’hypothèse que le système organisé des échanges internationaux en matière de méthodes de gouvernement, autant dans sa définition économique (développement d’un marché international d’expertise) que dans sa définition éducationnelle (programme de formation de nouvelles élites pour les pays en développement), a été établi entre les années 1950-1970, avec l’appui de la Fondation Ford. Au moyen de bourses d’études pour parrainer des professions stratégiques, cette fondation a cherché à créer une opinion publique favorable au renforcement des études privilégiant certaines questions et certaines façons de les traiter.

Les thèses soutenues dans les universités américaines, au moment où l’autoritarisme au Brésil s’affichait dans sa face la plus dure, démontrent bien le déplacement des modes de penser la vie politique nationale, surtout si on considère que, d’une façon ou d’une autre, toutes portent sur la tradition autoritaire brésilienne dans une perspective historique et comparatiste[15]. Mais ces travaux ne sont pas réductibles à une reprise des problématiques de la science politique nord-américaine ; ils portent tout autant la trace des questions anciennes et nouvelles posées à propos de l’évolution de l’espace public brésilien. Au retour des états-Unis, les nouveaux politologues furent confrontés à la résistance du milieu académique à l’émergence de nouveaux savoirs autonomes. Leur combat pour la légitimation de la science politique provoqua une recomposition disciplinaire et suscita des problématiques qui ont eu des effets durables.

Le choix des étudiants de Belo-Horizonte par la Fondation était dû non seulement à l’intérêt des élites politiques locales pour cette association, dans le but de moderniser l’état, mais aussi à l’existence, sur place, d’une formation en études politiques plus proche des méthodes empiriques et des vertus civiques nord-américaines. L’adhésion des étudiants de la FACE – qui militaient dans des mouvements contre la dictature militaire au Brésil – à la proposition faite par la Fondation résulte de la rencontre d’un groupe d’étudiants brillants et ambitieux, au capital social relativement faible et au capital politique inexistant, ayant par conséquent peu d’espoir de carrière à Belo Horizonte, avec les objectifs de la Fondation Ford d’encourager l’émergence d’une génération de personnalités scientifiques capable d’affronter des débats interdisciplinaires et transnationaux.

BIBLIOGRAPHIE CITÉE

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SChWArTZMAN (S.), 1997, « Francisco Iglésias », O Tempo, Belo Horizonte, http// http://www.schwartzman.org.br/sitesimon-opiniao

ANNEXE

SIGLES

ANPOCS – Associação Nacional de Pós-graduação e Pesquisa em Ciências Sociais
AP – Ação Popular (movimento político ligado á esquerda católica)
CAPES – Coordenação de Aperfeiçoamento de Pessoal de Nível Superior
CEBRAP – Centro Brasileiro de Análise e Planejamento
CESOP – Centro de Estudos de Opinião Pública
CNPq – Conselho Nacional de Desenvolvimento Científico e Tecnológico
CPDOC – Centro de Pesquisa e Documentação de História Contemporânea
FACE – Faculdade de Ciências Econômicas
FAPESP – Fundação de Amparo à Pesquisa do Estado de São Paulo
FGV/RJ – Fundação Getúlio Vargas,Rio de Janeiro
FGV/SP – Fundação Getúlio Vargas, São Paulo
FINEP – Financiadora de Estudos e Projetos
FLACSO – Faculdade Latino Americana de Ciências Ssociais
IBGE – Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística
IUPERJ – Instituto Universitário de Pesquisa do Rio de Janeiro
POLOP – Organização Revolucionária Marxista – Política Operária
PUC – Pontifícia Universidade Católica
SPBC – Sociedade Brasileira para o Progresso da Ciência
UFMG – Universidade Federal de Minas Gerais
UNICAMP – Universidade Estadual de Campinas
USP – Universidade de São Paulo

NOTES

1– Ce travail est une version modifiée de la communication présentée au colloque « Circulation internationale
d’universitaires et renouveau de l’espace culturel », réalisé au CRBC/EHESS à Paris, au mois de novembre 2005. Je remercie J.-P. Faguer, M. Gheorghiu et Y. Dezalay pour les observations faites à cette occasion, et L. Avelar pour les précieuses informations sur le cours de Sociologie et de Politique de la Faculté de Sciences économiques du Minas Gerais, au Brésil.

2– Les six autres boursiers de la FACE, Amaury de Souza, Octávio Cintra, Olavo Brasil de Lima Jr (décédé), Sonia Avelar, Laura da Veiga et Regina Lima, étaient présents dans ce tableau, mais n’apporteraient pas d’éléments nouveaux à notre démonstration. On peut les trouver et les examiner dans l’Annexe, à côté d’autres boursiers de la Fondation.

3– « C’était l’époque de Parsons, qui publiait des articles conseillant au gouvernement d’adopter certaines politiques en direction des sciences sociales, d’investir de l’argent, etc. Ce fut réellement le sommet, l’âge d’or de l’Université américaine de façon générale, et en particulier des Sciences Sociales. […] Quand j’ai été à Princeton, dans les années 80, cette croyance était déjà en déclin. Tout ne fonctionnait pas très bien, le prestige de l’Université était en train de tomber, et ne cessa pas de tomber » (Carvalho, 1998 : 360).
4– Sur le Collège Arnaldo, où ont étudié une grande partie de l’élite du Minas Gerais, voir Cançado (1999) ; Canêdo (2002a). Le collège Marconi a été fondé par Orlando Carvalho, qui a publié, édité et dirigé la première revue brésilienne d’études politiques, au Brésil, en plus d’avoir été le recteur de l’UFMG, entre autres importantes charges dans le Minas Gerais.
5– Carvalho lui-même n’a pas reçu cette bourse, pour n’avoir pas réussi à résoudre une équation pendant le test de sélection.

6– L’AP a été un mouvement politique né de l’action des militants étudiants de la Juventude Universitária Católica et d’autres adjonctions de l’Ação Católica, en juin 1962, à partir d’un congrès de la JUC tenu à Belo Horizonte. Son inspiration idéologique puise chez Mounier, Teilhard de Chardin, Maritain et le Père Lebret. La POLOP date de 1961, avec des racines dans la Juventude Socialista do Partido Socialista Brasileiro, en fusion avec les circuits d’étudiants venus de la « Mocidade Trabalhista » du Minas Gerais, quelques trotskistes et dissidents du PCB de Rio de Janeiro, São Paulo, et du Minas.

7– http//www.dee.feis.unesp.br/pet/arquivos/visao.htm
8– Julío Barbosa, avocat, est celui qui a pensé et créé le cours de Sociologie et Politique du Minas Gerais, en 1953.
9– Le cours a été dirigé d’une main de fer par Ivon de Magalhães Pinto, personnalité liée à l’ancienne Banco Hypotecário de Minas Gerais et qui appartenait à un réseau social très connu dans le Minas. Il était, par ailleurs, descendant de députés de l’Assemblée générale de l’Empire et de la Chambre fédérale républicaine, cousin et neveu de signataires du manifeste des exploitants de mines qui, comme lui-même, ont également été fondateurs de l’UDN du Minas Gerais (Horta, 1956 ; Arruda, 1989 ; Góes Monteiro, 1994).
10– L’UDN – União Democrática Nacional – était l’un des partis nationaux créés en 1945, après la chute de Vargas et la libéralisation de la vie politique. Plutôt ancrée à droite, l’UDN visait directement et explicitement les classes moyennes – par son programme, ses discours, ses interventions dans la presse et, surtout, ses dénonciations de la corruption administrative. Son symbole était une torche olympique, avec la devise « le prix de la liberté est l’éternelle vigilance ».
11– À l’occasion de notre enquête, quatre des anciens boursiers ont tenu à souligner l’attachement de leurs parents aux idéaux de l’UDN.
12– En effet, pendant toute la période de la guerre froide, la concurrence entre différentes conceptions de l’état et de ses modalités d’existence se matérialise à travers l’offre d’expertise des grandes puissances (cf. Dezalay & Garth, 2002).
13– Carlos Eloy était aussi le neveu de Francisco Campos, du côté de sa mère, et de la famille Gustavo Capanema, tous deux importants hommes politiques de Minas Gerais, devenus des ministres de Vargas entre 1930 et 1945. Il est également le cousin de l’actuel député fédéral du PT, Virgilio Guimarães. Il a été l’un des premiers à écrire dans la RBEP : dans le premier numéro de la revue, en 1956, on trouve une de ses enquêtes sur les résultats électoraux à Dores do Indaiá. Murilo de Carvalho a publié ses premières études scientifiques dans la même revue (« Estudos do Poder Local no Brasil », n° 31, 1968/1969 : 231-248) ; « Barbacena, a Familia, a Política e uma Hipôtese », n° 20, 1966 : 153-193).

14– Voir Reis, 2004, et la déposition de Cláudio Moura e Castro (http://www.dee.feis.unesp.br/pet/arquivos/ visao.htm). Une ancienne élève de la FACE, à Belo-Horizonte, raconte, dans une entrevue, que la véhémence du débat, à laquelle elle n’était pas habituée, était telle qu’elle se renfermait totalement sur elle-même.

15– Par ordre alphabétique : Carvalho (J.-M.), « Elite and State-Building in imperial Brazil » ; Farias (V.), « Occupational Marginality, Employment and Poverty urban Brazil ; Reis (E.), « The agrarian roots of Conservative modernization Brazil 1880-1930 ; Reis (F.-W.), « Political development and social class : brazilian authorianism in perspective ; Schwartzman (S.), « Regional cleavages and political patrimonialism in Brazil.

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