Rites, symboles et allégories dans l’exercice professionnel de la politique

Publicado em: Informations sur les Sciences Sociales, Londres, v. 38, n. 2, p. 249-271, 1999

Les études qui prennent pour objet les formes de conduite politique caractéristiques de la démocratie représentative les dissocient, en général, des pratiques et des démarches de l’homme politique dans les structures sociales à priori non politiques, comme la famille. Les spécialistes n’ont pas trouvé la motivation nécessaire pour réfléchir sur les normes de conduite politique intériorisées dans les esprits et dans les corps, principalement par les biais des rituels familiaux. Ils ont tendance à préférer, parmi les différentes entrées qui permettent d’appréhender la politique, les chemins qui donnent accès à une identification immédiate entre politique et jeux des partis, entre l’organisation formelle des institutions et l’analyse statistique des élections. Les formes particulières que prend la domination politique demeurent confinées dans les études de micro-histoire et d’anthropologie (Pourcher, 1987 ; Abélès, 1989). Elles constituent ce que Yves Pourcher a appelé « la partie immergé de l’iceberg (Pourcher, 1991, 197) » et sont considérées par les analyses habituelles comme dépourvues d’un poids suffisant pour susciter des nouvelles perspectives théoriques sur le plan politique.
L’image de l’iceberg m’a incité à explorer les voies par elle suggérées : aborder la politique de l’intérieur, en me servant de ses expressions « officieuses », afin de réfléchir sur les formes de politisation des rapports sociaux que les analyses habituelles tendent à ignorer au nom des formes officielles de la politique. Dans cet article j’analyse deux cérémonies exemplaires sous cet aspect. Elles montrent l’action de certains hommes politiques dans leur milieu social cherchant à assurer leur existence politique et, par conséquent, les effets de cette action pour la reproduction des rapports qui constituent l’ordre politique où ils vivent. Ces cérémonies s’insèrent dans le cadre d’une recherche plus large, à laquelle je me consacre depuis environ dix ans, sur la problématique de la transmission du pouvoir politique et de la reproduction familiale dans la politique brésilienne (Canêdo, 1991 et 1994).
La première de ces deux cérémonies est un enterrement ayant lieu dans un cimetière de la ville de Muriaé, dans le Minas Gerais, brésilien ( ). Le défunt appartenait à un groupe familial considéré dans sa région comme « une famille d’hommes politiques », certains de ses membres ayant occupé des postes importants, tant au niveau régional qu’au niveau national, pendant des générations (Canêdo, 1991 et 1998 ; Horta, 1956). Mon intérêt pour cette cérémonie vient du fait qu’elle dévoile l’un des aspects empruntés par les pratiques qui assurent, transmettent et donnent du sens aux liens de parenté, lesquelles renferment des significations décisives pour le processus d’accumulation d’un patrimoine politique familial.
L’autre cérémonie est la fête qui célèbre le « Jour du Muriaense », prévu pour rendre hommage aux citoyens de la ville de Muriaé. C’est un événement officiel, marqué par un jour de congé municipal. Cependant, les diverses cérémonies officieuses qui font partie de la fête tournent autour de la mémoire d’un ancien maire qui a institué le 6 septembre comme le jour du citoyen de Muriaé. Ce maire, qui appartenait au groupe familial cité, est dans ce cas rappelé de manière à donner aux participants de la fête le sentiment de partager des idées et des intérêts.
Vues sous l’aspect de cérémonies politiques (Corbin, 1994 ; Martin 1995), chargées de gérer les sentiments d’identité et d’unité, l’enterrement et la fête du muriaense placent sous notre regard des éléments de l’expérience familiale que le groupe familial cité s’efforce de réactiver dans sa propre mémoire mais aussi dans celle de la population de la ville où il détient un pouvoir électoral depuis 137 ans : depuis l’arrivée à Muriaé d’Antonio Augusto Canêdo, nommé par le Ministre de la Justice de l’Empire, en 1860, au poste de premier juge de la région ( ).
Dès lors on peut observer à Muriaé les hommes politiques descendants du magistrat cherchant à maintenir et à stimuler leur capacité d’affrontement vis à vis de leurs adversaires, un ensemble d’autres familles influentes dans la ville, qui se relayent à l’opposition. Pour ce faire ils opposent la situation politique atteinte par leur famille au long du temps dans l’espace politique (leader de parti, leader de l’Assemblée législative, direction d’organes publiques, etc.) à celle des autres familles, dont les représentants n’ont jamais pris des grand envols politiques, une fois qu’ils n’avaient pas, comme les descendant du desembargador, la politique comme une activité à plein temps. Cette stratégie leur a assuré des opposants locaux qui, ayant l’activité économique comme activité principale, ne pouvaient pas se présenter aux électeurs comme un groupe guidé par la morale et les intérêts du service public, demeurant connus sous plusieurs noms de famille qui se succédaient dans la politique locale. Les descendants d’Antonio Augusto, en revanche, ont vu leur nom s’enraciner comme une marque politique de la région. Pio Canêdo, originaire de Muriaé et dans l’activité politique depuis les années 20, remplaçant son oncle, qui de son coté avait substitué son père, celui-ci étant le neveu d’un homme d’État de l’Empire, est très explicite sur le sujet : « L’homme politique vie toute l’année l’expérience des problèmes locaux. Il est le canal des revendications municipales. Il ressent de près tout ce qui concerne la vie de la municipalité. Il en est tout autrement avec l’homme d’affaires(…). L’homme d’affaires n’a pas de devoirs de solidarité et d’obligations vis à vis de la collectivité. Il n’a que son entreprise, une obligation avant tout financière ( ) ».
Dans la politique locale, l’affrontement entre les deux factions, accentué par des tensions qui donnent à toutes deux des droits plus ou moins équivalents, a permis leur alternance dans le pouvoir grâce à des élections compétitives où le pourcentage de votes nuls et blancs est infime ( ). « La rivalité locale préserve le pouvoir politique », déclare encore Pio Canêdo. Cette logique, qui oppose des figures allégoriques de domination en incarnant des vengeances personnelles (« Nous avons gagné lors des élections. Nous sommes vengés », dit un électeur quand il a appris la victoire de sa faction dans les urnes ( )), c’est ce qui, depuis le XIXème, donne du sens à la vie politique de la région. Cela a, de plus, rendu difficile la survie dans la ville de partis avec des plates-formes idéologiques tout en étiquetant les deux factions avec des sigles de partis « idéologiques », mais qui ont changé d’appellation selon le contexte historique : Conservateur X Libéral, pendant l’Empire (1822-1889) ; UDN (Union Démocratique Nationale) X PSD (Parti Social Démocratique), pendant la période 1945-1965 ; Arena 1 X Arena 2, de 1965 à la fin des années 1970 ; PMDB X PTB, depuis les années 1985 ( ). « Pour que les gens suivent un nom il faut qu’il soit attaché à un parti, dit José Canêdo. Il faut faire danser la baiana qui cache un homme dedans ( ) ».
Si l’on considère le temps d’action de ce groupe familial dans la politique mineira, la stratégie de ses membres pour diffuser et enraciner les représentations qu’ils veulent donner d’eux même jouent un rôle non négligeable pour la compréhension des rapports politiques dans le Minas Gerais. Car ils ne sont pas un cas unique. Dans le Minas Gerais, le pouvoir a été exercé depuis toujours, dans les postes les plus importants, presque exclusivement par des groupes familiaux de même type d’origine sociale et de tradition dans l’exercice du pouvoir ( ). Dans la composition actuelle du corps de l’État on retrouve encore les membres des anciens groupes – quand ils ne sont pas dans les postes les plus élevés, comme l’actuel gouverneur de l’État ( ) – agissant comme intermédiaires pour le chois de ceux, outre eux-mêmes – qui s’élèveront dans la politique du Minas Gerais (Hagopian, 1990). S’élever dans le Minas signifie s’élever dans la politique nationale, il suffit d’examiner le nombre de présidents de la République et de vice-présidents (6 et 7 respectivement) originaires de cet État, mais aussi la forte représentation mineira dans les principales fonctions dans tous les Ministères au long de l’histoire ( ).
Le succès de l’élite mineira dans la préservation du pouvoir est connu comme « le secret du Minas », de quoi se nourrissent les hommes politiques mineiros (Arruda, 1990 et 1992). On considère ce secret comme allant de soi et comme tel il est continuellement légitimé par les médias : « Qui peut comprendre le code des mineiros ? », interroge un chroniqueur du journal O Estado de São Paulo , l’un des plus renommés du Brésil. En ce sens, et considérant que la bibliographie sur la mentalité de la politique mineira est symptomatiquement plus vaste que les études empiriques sur les formes d’action de ses élites, les actions des hommes politiques mineiros deviennent objet de réflexion politique.
La politique étant conçue comme l’art de jouer à court terme, en raison des instabilités facilement perçues dans le champ institutionnel, dissimule ainsi le fait que, au-delà des instabilités, le champ institutionnel dispose aussi de moyens d’agir suivant les règles spécifiques d’un jeu assez complexe. C’est un champ tendu, instable, où ceux, moins bien préparés, ont des difficultés à maintenir une position adéquate par rapport au centre du pouvoir, parce qu’ils sont devancés par les hommes plus expérimentés, qui dominent mieux les préceptes existants, dont la plupart ne sont pas des règles écrites. Il est vain d’insister sur le long temps de préparation exigé pour dominer ces règles. Non seulement à cause de la difficulté pour les apprendre, mais parce leur application exige une habilité tout spéciale.
Or, en général c’est encore à l’intérieur des familles et des réseaux de connaissances qu’on acquiert cette habilité, transmise sous le nom de « vocation » (domaine de règles), avec les convictions idéologiques et tant d’autres, parmi lesquelles la conviction que dans une « famille d’hommes politiques » tout et tous doivent être au service du public.
Les deux cérémonie analysées dans cette étude attirent l’attention par le fait qu’elles mettent en rapport étroit des événements familiaux et des événements de la politique locale, animées par des personnes appartenant à un groupe familial qui occupe des postes administratifs importants depuis des générations et qui ont détenu un pouvoir électoral pas négligeable lors des grandes élections dans le Minas Gerais. En ce sens, elles permettent de saisir le côté actif de la connaissance pratique de certains hommes politiques mineiros, sur une scène autre que celle de la politique officielle.
La description des cérémonies est basée sur des entretiens réalisées auprès des membres de la famille en question, sur des articles de la presse locale et sur mon expérience personnelle, car je suis moi même membre de la famille.


1. La pratique rituelle devant la mort et la reproduction familiale dans la politique

L’examen de la cérémonie d’enterrement nous montrera que ce qu’il y est en jeu, avant tout, c’est le maintien de la cohésion et de la solidarité familiales, qui constituent des éléments fondamentaux pour des détenteurs d’un patrimoine politique pris dans une histoire de longue durée, car seulement à l’aide de liens forts et durables ils sont capables de se reproduire.
En fait, c’est la manière dont les acteurs du rituel font appel aux sentiments de cohésion et de solidarité familiales qui nous permet de saisir, quand on observe la cérémonie des funérailles, la distinction existante entre la transmission d’un capital politique et celle du capital économique. En effet, à la différence des héritiers d’un capital économique accumulé, les membres d’une « famille d’hommes politiques » ne sont pas soumis au fait que seuls les héritiers légitimes ou testamentaires puissent jouir de l’héritage du défunt. Dans une « famille d’hommes politiques », non seulement les membres de cette famille, mais l’ensemble de la parenté, dès le cimetière, hérite des biens symboliques du défunt. Il faut, cependant, pour cela qu’ils s’inscrivent dans la conscience d’être des héritiers. Car en tant que tels, ils doivent assumer des obligations auxquelles ils ne pourront plus se dérober, puisque renoncer à ces biens symboliques signifierait la mort politique du groupe. Ce sont ces biens symboliques qui donnent la cohésion nécessaire à la famille, en même temps qu’ils garantissent les rapports de clientèle qui sont à la base de la circulation d’informations, des échanges de services, de l’aide réciproque. Parce qu’on appartient à la famille (de sang ou métaphorique) on est ouvert à tout faire pour les autres et ces échanges sont à la base du pouvoir social d’une « famille d’hommes politiques », donnant une signification à l’activité politique.
Le récit exposé ci-dessous est un exemple d’une des formes de transmission de la cohésion familiale. On en retient que, puisque les biens symboliques ne sont pas transmis de façon automatique, chacun doit se considérer un héritier avant de recevoir l’héritage, ce qui implique un apprentissage préalable que l’on a fait au sein du groupe. Je m’intéresserai ici à l’enterrement d’Augusto Alves Pequeno, l’un des membres de la famille étudiée, mort en 1992. Le récit m’a été raconté par un homme politique en début de carrière. Médecin, il a un curriculum vitae professionnel centré dans le domaine des politiques publiques liés à la santé, à l’assainissement et à l’éducation. Il était cousin en cinquième degré du défunt.

Augusto était médecin et ancien vereador ( ). Du côté de sa mère, il descendait d’un grand propriétaire terrien (le baron du Alto Muriaé). Par son père, il a toujours été considéré comme un homme illustre dans ville, car il appartenait à la famille d’un important homme d’État de l’Empire (Antonio Hermeto Carneiro Leão, le Marquis du Paraná) et du sixième président de la République brésilienne (Afonso Augusto Moreira Penna).
Dans le désarroi provoqué par sa mort, son fils aîné, propriétaire de terres d’un héritage venant de sa mère, décide de l’inhumer dans un grand cimetière de l’Église Catholique, dit le « cimetière du haut ».
Or, il s’avère que cette décision allait à l’encontre des coutumes du côté paternel de la famille d’Augusto, dont les membres étaient inhumés dans un petit cimetière public, celui « d’en bas ». Inhumer les morts de la famille dans un cimetière public a d’ailleurs toujours été un moyen pour les hommes politiques de la ville d’afficher leur différence.
Afonso, cousin en troisième degré d’Augusto, âgé de 89 ans, ayant pris connaissance des intentions du fils d’Augusto, fut très inquiet et commença à mobiliser l’ensemble de la famille sur le problème de l’emplacement de l’inhumation. Ayant beaucoup de difficulté à se mouvoir, il chercha à reverser une situation qui lui semblait très grave grâce à l’aide de son fils cadet, un des homme politique de la famille, qui débutait dans la carrière politique. La situation semblait pourtant être irréversible une fois que toute la préparation des funérailles avait déjà été effectuée. Mais Afonso ne prit guère de repos tant qu’il ne réussit pas à faire transférer l’enterrement à l’autre cimetière.
Ce transfert n’était pas une affaire simple, à commencer par le fait que la sépulture du père d’Augusto, située au cimetière d’en bas, était assez réduite. Le tombeau nécessitait donc d’être agrandi. En plus, la cérémonie des funérailles avait été fixée pour le lendemain matin, ce qui signifiait que les aménagements devaient être effectués pendant la nuit. Convaincre l’ouvrier de travailler en dehors de sa journée de travail ne fut, non plus, chose facile. Par ailleurs il fallait obtenir une licence auprès de la mairie pour l’agrandissement de la sépulture, sans oublier la nécessité de régulariser la situation vis à vis du cimetière catholique.
Malgré tout, voulant à tout prix empêcher un événement qu’il considérait comme désastreux, le vieil homme conduisit, d’une démarche hésitante et inquiète, le fils du « cousin Augusto » jusqu’au cimetière public, accompagné de la famille et de quelques amis. Il lui montra le tombeau de son grand-père, de son grand-oncle, de ses arrières grands-parents (dont les rues de la ville ont hérité les noms) et mit l’accent, lors de son argumentation, sur les places qu’ils avaient occupées dans l’espace social et l’importance politique de chacun d’entre eux. Il fit également remarquer que tous les membres de la famille décédés et réunis dans ce cimetière avaient en commun le fait d’avoir été des personnages politiques illustres de la ville. Bref, Augusto n’était pas un anonyme. Dans un cimetière public, « très personnalisé », d’après Afonso, tous les morts se connaissaient et était connus du défunt. Il était nécessaire qu’ils soient également connus par les parents vivants afin qu’ils puissent mieux se situer dans le temps et dans l’espace social et politique.
C’est ainsi qu’Afonso réussit à obtenir l’accord du fils du cousin Augusto pour le transfert de la cérémonie des funérailles. Pour cela, le jeune homme dû effectuer des démarches extrêmement pénibles mais finalement il fit que son père se joigne à ses ancestraux, dans le même cimetière. Et lui-même s’est rallié à ses parents vivants.

Au moment des funérailles d’Augusto, son cousin Afonso a investi la charge de chef de cérémonial d’un rituel familial chargé de marquer, de manière virtuelle et pérennisée, l’existence de la « famille d’hommes politiques », unie dans cet espace délimité du cimetière public( ). Face à un péril imminent pour la cohésion – l’oubli – il a agi, ramenant l’histoire du groupe à ses membres. Sans accorder aucune connotation nostalgique à son acte, Afonso cherchait en fait à rétablir le passé dans le présent, imprimant une valeur qui le permette de s’inscrire dans la continuité.
J’attire l’attention sur le fait qu’Afonso, l’homme le plus âgé de la famille, n’a jamais été homme politique. Cependant il a été le petit-fils, le neveu, le frère, l’oncle et le père d’hommes politiques. Au moment de ces événements il a quand même révélé l’incorporation d’attitudes qui, plus que les programmes de campagnes électorales soigneusement préparés, rendent intelligible la permanence de la famille dans le politique. Il montre par son attitude que la reproduction politique ne peut exister que si elle est pratiquée et agissante. Et elle ne peut l’être que si elle rencontre des individus qui, comme Afonso, sont en mesure de la prendre en charge, et sont capables d’assumer les places qui leur sont destinées dans les moments d’incertitude. Autrement dit, il s’avère indispensable que quelqu’un se dispose à faire ce qu’on attend de lui et qu’il attend de lui-même. Quelqu’un qui, disposant d’expériences antérieures, soit apte à faire revivre une histoire (Bourdieu, 1980).
En acceptant le transfert et l’inhumation du corps de son père dans un autre cimetière, le fils d’Augusto reconnaît sa place dans la famille et peut finalement assumer son identité sociale face à l’ensemble des participants de la cérémonie, dès lors qu’il s’empare de son héritage symbolique. En outre, le sentiment d’un devoir à l’égard de la famille paraît transparaître lors des élections qui eurent lieu quelques temps après les funérailles, quand, pour la première fois, il apporta à un cousin candidat un large soutient financier et un travail considérable auprès des cabos—eleitorais, qui se solda par un important gain de voix. Il suffit de citer le fait que dans le village voisin à sa propriété – Bom Jesus – le candidat de la famille a obtenu 96% des voix (Source – Cartório Eleitoral de Muriaé – Eleições 1994).
Le fils d’Afonso, l’homme politique de la famille, accompagnant son père pendant les événements, avait pour sa part agi en auxiliaire du rituel. Son sens d’homme politique lui a permit de ressentir l’importance de sa participation, à tel point qu’il me l’a signalé lui-même sans aucune suggestion de ma part. Ceci ne signifie nullement qu’il ait compris qu’il contribuait à produire du sens à la représentation politique d’un groupe familial qui, pour continuer à exister, nécessite de la pratiquer aux moments d’incertitude.
Dans ce cas, les champ des incertitudes se constitue autour des participants de la cérémonie, les membres de la famille et une partie de la population des électeurs de la ville, qui ont accepté le déplacement des obsèques et y ont participé, légitimant par ce biais l’existence d’une famille d’hommes politiques prestigieux suffisamment unie. Ainsi, la reproduction, aussi bien sociale que politique, n’est pas unilatérale. Elle ne peut exister qu’au moyen d’une complicité des individus qui travaillent conjointement pour lui fournir un sens.
Grâce à cette complicité, la mort a été neutralisée et a fini par ne pas être perçue comme une catastrophe politique pour la famille. La cérémonie des funérailles a, au contraire, renforcé le pouvoir politique dont disposait le groupe familial ainsi que sa maîtrise du temps : la force de la présence symbolique remplaçant l’absence causé par la mort biologique. Dès lors, les sépultures de cimetières contribuent à nourrir la mémoire familiale et celle de la population de la ville, qui étaient auparavant nourries seulement par des portraits, des cortèges et des noms de rue. Les tombeaux des morts prennent possession des vivants par un rituel transformé en acte historique (Bourdieu, 1980).

2. Le métier politique dans le cérémonial de commémoration du « Jour du Muriaense »

Une famille détentrice d’une mémoire politique importante et qui dote ses membres d’une parenté considérablement utile n’est par elle même pas en mesure de réaliser seule l’exploit de la pérennisation de ses membres dans le champ du pouvoir. Elle a besoin non seulement de réactiver sa propre mémoire familiale, comme le démontre la cérémonie du cimetière, mais aussi de réactiver celle de la population et se préparer pour le rituel majeur des élections qui a lieu à des dates précises. Pour ce faire, elle utilise des rituels préventifs visant, pendant leur déroulement, à rappeler des engagements et des obligations, bref à déterminer des pratiques sociales et politiques.
La cérémonie que je vais décrire est l’un de ces rituels préventifs. Il s’agit du « Jour du Muriaense », institué l’année du centenaire de la ville de Muriaé (1955) et qui depuis est célébré tous les ans, le 6 septembre( ). En ce jour, décrété congé municipal, la ville se lève et ce couche en ambiance de fête.
Les festivités se passent tous les ans de la même manière, des scènes s’alternant comme dans une pièce de théâtre. Dès l’aube la population de la ville est réveillée par une fanfare qui courre les principales rues sur un camion annonçant « leur jour » aux muriaenses. Durant la matinée, il y a un hommage à Antônio Canêdo, le maire qui a institué la date. Suit un déjeuner amical organisé pour rendre hommage à ceux qui, bien que natifs de la ville, vivent ailleurs et lors de la fête sont considérés comme des muriaenses absents. Finalement, en fin d’après-midi, à 17 heures, la seule cérémonie officielle de la journée a lieu dans la mairie. Il s’agit de la remise du titre de citoyen honoraire aux non-muriaenses qui rendent des services notables à la communauté.
L’existence de ces commémorations se doit au fait que la famille du créateur du « Jour du Muriaense » s’engage dans leur promotion, de sorte que la fête tourne au tour de sa figure symbole : Antônio Canêdo, médecin, député de l’assemblée constituante en 1946 et maire de la ville entre 1955 et 1960. Il est mort tragiquement, en 1960, alors qu’il se préparait à quitter sa charge et se présenter à nouveau comme député. L’événement a ému l’ensemble de la ville et c’est pourquoi sa figure a pu être utilisée pour donner le sens initial à la célébration annuelle de la date. Aujourd’hui cette commémoration est devenue un événement obligatoire dans la ville et de la ville, la population l’attendant tous les ans. Mais l’enthousiasme pour la fête souffre des variations selon le groupe politique qui détient le pouvoir municipal. Si la famille du Dr. Antônio ou ses partisans, la figure de leur symbole apparaît plus fortement. Si l’autre faction est à la mairie, tout un effort est fait pour affaiblir l’image de l’ancien maire.
Je me suis servie de deux documents produits par la fête pour la décrire : le quotidien Tribuna Popular, du 12/09/1992 (une année où un représentant de la famille du Dr. Antônio était maire), et une invitation pour les commémorations de la fête de 1994, quand l’alternance de pouvoir s’est faite. Le récit du déroulement de la cérémonie est issu de mes propres observations de la fête à laquelle j’ai assisté plusieurs années de suite.

Les Muriaenses fêtent leur jour
La commémoration, déjà traditionnelle, du Jour du muriaense, a réuni les autorités et la population face au buste en bronze du fondateur du 06 de septembre, Docteur Antonio Canêdo, afin de lui rendre les hommages qui lui sont dus pour avoir institué à cette date le Jour du Muriaense
Les festivités ont débuté dès l’aube à cinq heures du matin. A huit heures, sur la Place Santos Dummont en face du Palais de Justice, l’on a hissé les couleurs: le drapeau national par le maire Christiano Canêdo, celui de l’État par l’ex gouverneur de Minas , le docteur Pio Soares Canêdo, et celui de la ville par l’orateur officiel de la cérémonie, Docteur Antonio José Monteiro de Castro Neto
Après le discours de l’orateur officiel, le chef d’orchestre Hélio Téofilo dos Santos a fait jouer le « toque de silence » qui a été suivi de l’hommage des élèves de l’École Publique Dr Antonio Canêdo qui ont déposé des gerbes et chanté l’hymne à leur patron éternel (Tribuna Popular, 12/9/92).

Traditionnellement, du moment que, comme l’année de cet article, les partisans du Dr. Antônio sont au pouvoir, les commémoration de la fête se caractérisent par une fanfare qui accompagne un défilé de casernes et d’écoles publiques municipales de la ville, dans une marche aboutissant au buste de « leur patron éternel ». (Cependant,quand la faction opposante est au pouvoir, il n’y a pas de défilé, les cérémonies de la matinée se réduisant à la musique à l’aube et aux discours face au buste du Dr. Antônio). En ces années-là la cérémonie est vraiment complète, une fois qu’avec le soutient de la mairie, les écoles se préparent tout au long de l’année pour le grand événement, chacune proposant un thème différent pour le défilé.
Les thèmes du défilé sont toujours en rapport avec un événement historique – où l’aspect moral, politique ou culturel en est valorisé et que chacune des écoles cherche à inculquer de manière exemplaire. La suite de l’article y fait référence :

L’École Municipale Professeur Esmeralda Viana, la première école construite en zone urbaine est l’une des réalisations du gouvernement Christiano Canêdo et João Braz (…). Les élèves ont cette année rendu hommage au bicentenaire de l’Inconfidência Mineira, un mouvement nativiste [pour l’indépendance du Brésil], ayant des idéaux libertaires, inspirés de la Révolution Française. En dépit des crises que connaît aujourd’hui le pays, l’idéal de liberté ne peut pas mourir. Et l’actuelle administration a planté a planté cette graine dans le quartier Inconfidência en inaugurant l’école Esmeralda Viana, parce qu’ÉDUQUER c’est LIBERER !
Le défilé de l’école municipale Professeur Stella Fidélis avait pour thème l’Indépendance du Brésil. La plus récente des nouvelles écoles construites par l’administration de la ville a, quant à elle, retracé le processus historique de libération du pays qui a débuté en 1808 et atteint son point culminant avec le « cri de l’Ipiranga » en 1822. (…)
l’École Municipale Professeur Elza Rogério, située dans le quartier Gaspar est l’une des perles de l’administration actuelle, tant par son esthétique que par sa fonctionnalité. Aussi a-t-elle organisé un défilé intitulé l’Éducation : de la Découverte à la Municipalisation, où chaque classe raconte l’histoire de l’Éducation depuis l’arrivée de Cabral, en passant par le rôle des Jésuites – les premiers éducateurs du pays -, le Brésil Colonial, le Brésil Monarchique et le Brésil Républicain, le tout s’achevant par la Municipalisation de l’Éducation qui eut lieu sous le Gouvernement Christiano Canêdo et João Braz et qui permit, entre autres bénéfices, le renouvellement permanent des enseignants, la conservation du réseau scolaire, la création des écoles du premier cycle, l’augmentation des classes de deuxième cycle, la création des cours préparatoires, des concours publics et l’accroissement significatif du nombre des élèves passé de seulement mille sept cents élèves en 1988 à cinq mille huit cents actuellement.

On observe facilement que sous le couvert d’un sujet universel, comme l’histoire de l’éducation, les thèmes des défilés louent les figures politiques du moments, en vantant leurs actions politiques, dans une continuité que les insère dans une trame historique éternelle. La description du défile de l’école Elza Rogério, en est exemplaire : l’actuel maire de la ville est mis au même plan historique que Pedro Álvares Cabral, celui qui a découvert le Brésil.
Après le défilé, la famille et les partisans de la faction Canêdo, réunis face au buste du Dr. Antonio (les représentants officiels ne comparaissent à cette cérémonie que s’ils appartiennent à la même faction), exaltent, chaque année, la figure de celui à qui l’on rend hommage et ses principales réalisations à l’administration municipale et à l’Assemblée constituante de 1946. On mentionne généralement les grands travaux publics réalisés dans les favelas et les banlieues pauvres, mais aussi sa proposition de Loi pour le Soutient de l’Enfance, bannière pour évoquer ses oeuvres de caractère social et éducatif, comme la Maison de l’Enfant qui depuis 1947 offre une assistance médicale aux mères et distribue du lait aux enfants pauvres. Les discours réaffirment, d’un ton d’affrontement, le compromis du groupe politique pour la continuité de ces oeuvres en comparant les administrations de deux factions.
La fête continue par un déjeuner de confraternité. En apparence le déjeuner ne semble pas être une activité politique, puisque le soin de son organisation est laissé à des personnes sans rapport explicité avec aucun des groupes politiques de la dispute locale. Il repose sur ces personnes l’assurance d’une reconnaissance de l’enracinement local. De fait, ce déjeuner existait bien avant la création du « Jour du Muriaense ». À l’origine une tradition d’une importante famille de Muriaé, qui profitait des congés nationaux de la Semaine de la Patrie (le 7 septembre est le jour de l’indépendance du Brésil, la fête nationale) pour réunir les amis et les parents n’habitant pas la ville, le déjeuner s’est ouvert, après l’institution du « Jour du Muriaense », à tous les muriaenses absents. Aujourd’hui encore son organisation est commandée par une des femmes de cette famille. Le même article de la Tribuna Popular nous informe de la présence de 400 personnes au « Déjeuner de Confraternité des Muriaenses Absents, moment culminant des commémorations du Jour du Muriaense » de 1992.
La fête se termine par la seule cérémonie officielle du jour : la remise du titre de citoyen honoraire, prévu par une loi municipale instituée en 1955 par le créateur de la date. Il s’adresse à ceux qui habitent la ville sans en être originaires. L’indication des personnes honorées par le titre est faite par les vereadores, qui considèrent lors de leurs choix les intérêts du parti politique qu’ils représentent et celui des électeurs. Chaque vereador a le droit de proposer un nom, ce qui donne une moyenne de 20 honorés par an.

Lors de la célébration du « Jour du Muriaense », trois aspects attirent l’attention si l’on veut faire une analyse de « l’équilibre des tensions toujours mouvant », selon le sens donné par Norbert Elias (1994, 152-3), qui s’établit entre ce groupe familial, la faction que s’y oppose et les électeur de la ville.
Le premier se réfère à l’hommage tenu auprès du buste en bronze du Dr. Antonio, localisé devant le Forum de la ville, et qui inscrit dans une continuité parfaite l’espace public et l’espace privé : il met côte à côte, dans la place, les écoles publiques, les autorités officielles et la famille de celui à qui l’on rend hommage. Ces derniers sont vus comme des hommes politiques, appartenant à un parti politique, par lequel ils disputent des élections compétitives pour les postes de l’État. Il s’agit dès lors de montrer l’honoré, ou ses héritiers politiques, dans le cadre de la modernité politique et de l’affrontement. Les liens de parenté qui ont permis aux maires de la famille l’obtention de fonds fédéraux et de l’État pour la réalisation des travaux ne sont pas mentionnés dans les discours. « Je me souviens bien de l’époque où votre oncle [Dr. Antonio] était le maire (1955—1960). Nous avons souvent été en rapport parce qu’il voulait réaliser les travaux du fleuve Muriaé( ) », m’a déclaré en entretien Gilberto Canêdo de Magalhães, ancien directeur du Département National des Ponts et Canaux. « L’agrandissement des réseaux d’égout et d’eau potable n”a été possible pendant mon administration que parce que Afonso [frère] avait eu une longue expérience dans la Secretaria de Travaux Publics de Rio de Janeiro( ) ». Quand les travaux sont énumérés dans les discours, ils ne servent qu’à souligner la nature des obligations de chacun des présents (de services publics en échange de votes et de soutient politique) et à indiquer les raisons de l’adhésion à une faction politique et non à l’autre.
Il vient de là la manière dont sont faites les invitations à l’hommage : elles montrent l’importance que revêtent les pratiques de deux factions concurrentes pour maintenir la tension dans l’espace politique.
Ainsi lorsque la famille de l’honoré est au pouvoir, l’invitation à l’hommage est adressé par la mairie. Le maire, par ailleurs, distribue des uniformes aux élèves du réseau public afin qu’ils puissent défiler avec leurs écoles sous le regard des leurs familles – qui descendent des quartiers populaires, fières de voir ses enfants, petits enfants et frères prenant possession des rues comme les personnages les plus importants de la fête. « J’aime à voir le sourire des mères, des grands-parents édentés, heureux d’admirer le défilé des écoles crées par l”oncle Antonio e moi-même. Cela m’émeut vraiment » déclarait l’un des anciens maires (idem).
Si la famille ne détient pas le pouvoir politique, l’invitation à la fête est alors lancée par la Maison de l’Enfant – crée en 1947 et dirigée depuis toujours par des membres de la famille – le principal symbole légitimant les échanges politiques pratiqués par la famille afin de maintenir ses rapports de clientèle. Les mères des quartiers populaires étant invitées par la Maison de l’Enfant se sentent en devoir de comparaître à l’hommage avec leurs enfants, car ils ont été soignés gratuitement par des médecins sous l’égide de feu Dr. Antonio depuis le pré-natal, recevant gratuitement du lait jusqu’à trois ans. La Maison de l’Enfant envoie aussi des invitations à de personnes habitant d’autres régions du Brésil et du monde, à tous les muriaenses qui figurent dans les registres municipaux. Cette invitation est signée par le président de la Maison, toujours une femme de la famille, ainsi que l’on peut observer ci-dessous :

Cher Monsieur
Traditionnellement, le 6 septembre, les amis du Dr. Antonio Canêdo, afin de démontrer leur gratitude éternelle, se réunissent pour lui rendre les hommages de toute la ville où, durant les 47 années de fonctionnement de l’une de ses oeuvres — la Maison de l’Enfant — plusieurs générations ont reçu l’assistance et le soutien de ses services.
Nous vous convions, ainsi que votre famille à participer aux solennités prévues pour l’occasion.
Date : 06 septembre 1994.
Heure: 09h00.
Adresse : Place Lincoln dos Santos (face au Palais de Justice).
Votre obligé
Theresinha Ilva Canêdo Passos
Présidente de l’APMI, responsable de la Maison de l’Enfant

La réussite de cet hommage exige ainsi un travail considérable de la part de la famille Canêdo, ainsi que le suggère dans une interview l’épouse d’un des hommes politiques appartenant à cette famille : « A chaque veille du « Jour du Muriaense », C. ne tient plus en place. Il a le sommeil agité et téléphone `a toute la ville pour rappeler l’hommage. A cinq heures du matin il est déjà debout, très tendu, pour assister à la mise en place de l’orchestre dès l’aube( ) ». Une autre femme de la famille a raconté que « T. a téléphoné chez nous plusieurs fois de suite, pour nous dire que nous devions tous nous rendre à l’hommage de l’oncle Antonio, même le bébé (…) Nous y sommes tous allés de peur qu’il ne se fâche( ) ».
Un autre interviewé( ) voit la cérémonie comme une sorte de sondage électoral préliminaire, où la présence d’un grand public à l’hommage serait significative d’une victoire probable aux élections des partisans du Dr. Antônio.
La présence des invités à l’hommage est favorisée par le jour férié national du 7 septembre (anniversaire de l’indépendance du Brésil) qui permet le déplacement de ceux qui habitent dans d’autres régions. C’est la raison du déplacement du jour de la commémoration : la ville a été émancipé un 16 mai et on le fête le 6 septembre. Ainsi, comme l’avait voulu Antônio Canêdo, la date est devenue un moment de rencontre, où l’on revoit et embrasse les parents et les amis.
Les rencontres ont lieu lors du déjeuner de confraternité, deuxième aspect relevant à l’analyse. Contrairement à l’hommage rendu dans la matinée, ce déjeuner se veut une célébration de l’harmonie, car la faction opposante comparaît et contribue au succès des célébrations, une fois que se trouvent également présents au déjeuner des électeurs potentiels qui n’habitent pas la ville. Ainsi, les représentants de deux factions fraternisent au côté des amis, des mères, des enfants, des grands-parents, cette fois à la dentition bien soigné : n’y sont présents alors que les membres des familles aisées. Les tensions ressenties dans la matinée lors de l’hommage peuvent ainsi être équilibrées.
Ceci est garanti par le fait que depuis des années l’organisation du déjeuner repose sur les mêmes règles : le local est toujours un club ou une association et les femmes chargées de sa préparation n’appartiennent pas aux familles politiques qui s’affrontent. L’idée de confraternité, l’harmonie, est objectivée par l’absence d’éléments emblématiques (soit dans la décoration, soit dans les discours). Toutefois, l’image du Dr. Antonio, bien que non visible, apparaît dans la figure de ses parents, toujours présents.
L’équilibre ne peut donc être vraiment ressenti que lors de la remise de titres de Citoyen Muriaense, à laquelle, par l’intermédiaire des vereadores, les représentants des deux factions sont obligés d’être présents. Cet équilibre des tensions marque le début de la préparation pour le rituel majeur, c’est à dire, les élections proprement dites.
En effet, la fête a lieu un mois avant les élections brésiliennes qui se réalisent le 4 octobre, pour le premier tour, et le 15 novembre pour le second. Ainsi, lors du « Jour du Muriaense », dans l’émotion des retrouvailles et la réactivation des liens d’identité, se prémunit-on, sans aucune intention préméditée, contre la possibilité que les titres des électeurs qui n’habitent plus dans la ville soient transférés dans d’autres régions. À l’inverse, à partir de la remise du titre de Citoyen Muriaense, la personne honorée est confrontée aux devoirs de la citoyenneté civique, définie localement dans la reconnaissance de l’individu comme appartenant à la communauté. En acceptant l’hommage, le citoyen se sent dans l’obligation de s’inscrire sur les listes électorales locales, et voter pour l’un des candidats de la ville( ). Il s’agit donc de transférer leurs titres d’électeurs d’autres localités à Muriaé( ). Ceci sert à expliquer la présence aux urnes de 69,5% de la population de la ville (58.853 électeurs), ce qui est un chiffre important si l’on compare à celui des villes nouvelles, originaires du boom industriel des années 1950, où la dispute familiale n’existe pas. Dans le Minas Gerais, 60% de la population en moyenne s’inscrit dans les listes électorales, d’après les données fournies par le Tribunal Régional Électoral de Minas Gerais.
La fête contribue ainsi à perpétuer l’ensemble des rapports constitutifs de l’ordre politique, une fois que grâces à elle on obtient une réponse favorable de la part des électeurs à la sollicitation d’avoir leur présence aux urnes, quelle que soit la faction choisie. Ceci explique le petit nombre de votes nuls aux blancs à Muriaé. Car, pour reprendre le raisonnement de Michel Offerlé (Offerlé, 1995), pour qu’il y ait des élections il faut qu’il y ait préalablement un travail de mise en forme en acte de la catégorie de citoyen (investissement de formes matérielles, juridiques et symboliques), il faut surtout que les protagonistes de l’élection – électeurs, candidats et commentateurs – trouvent un intérêt suffisant pour agir : « Car le citoyen ici comme ailleurs n’est jamais seul. Il agit autant qu’il est agi, puisqu’il participe avec d’autres à la production continue de l’institution (Offerlé, 1994, 2) ».
La commémoration du 6 septembre, bien qu’organisée, en grande partie, de forme officieuse, délimite l’activité politique par la mise en place d’actes multiples, en lui conférant une existence concrète et donc en sens réel, en ce qui concerne la motivation pour voter. Olivier Ihl souligne à ce propos que « si l’on vote pour un candidat, l’on vote plus encore pour l’institution même du vote. Autrement dit, à mesure qu’il se renforce, le sentiment du devoir civique oblige les opinions à s’exprimer dans, par, mais également pour l’institution électorale (Ihl, 1977, 17) ». Pour le renforcement du sentiment civique, les liens sociaux se mélangent aux liens politiques, dans un rituel qui rappelle les engagements et les obligations, en apportant de l’espoir en plus. Ainsi le déroulement du rituel et sa gestuelle se réalisent-ils dans le cadre d’un présent mêlé à un passé qui se confondent dans la promesse de futur, auquel s’attache l’espoir de réalisations plus belles et plus grandes encore, ainsi qu’on peut le noter à la lecture de l’article cité auparavant : « Un défilé grandiose (…) où les groupes distincts [les élèves] racontent l’histoire de l’Éducation depuis l’arrivée de Cabral, en passant par les Jésuites – les premiers éducateurs -, par le Brésil Colonial, le Brésil Monarchique, le Brésil Républicain jusqu’à la Municipalisation de l’Éducation qui eut lieu sous le Gouvernement Christiano Canêdo » (Tribuna Popular, Muriaé, 12/09/1992).

3. Symboles et allégories

Les funérailles et la commémoration d’une date de confraternité entre les habitants d’une ville sont, à première vue, deux cérémonies ayant des fonctions différentes. Pourtant, lors du déroulement des deux événements décrits, l’énergie manifestée par certains hommes et la présence attentive et active d’autres qui les accompagnent font voir que leurs fonctions dépassent celles de se réunir pour rendre hommage à un défunt ou de fraterniser lors d’une date de fête. La mobilisation formée autour des événements fait changer leurs fonctions originales, leur apportant un sens nouveau. Dans les deux cas, l’affairement des membres de la famille d’hommes politiques n’a pas simplement eu pour fonction de signifier, mais aussi de contraindre, de rappeler des engagements et des obligations, de créer des conditions pour l’existence d’un intérêt « désintéressé » par la politique, bref, de déterminer des pratiques sociales et politiques. En ce sens, les deux cas décrits deviennent des éléments importants pour la compréhension des formes de politisation des relations sociales dans une région particulière du Minas Gerais.
En cette fonction, les cérémonies présentent des traits similaires. Il convient de signaler, en premier lieu, la marge d’improvisation qu’elles laissent à ceux qui y prennent part. C’est, par exemple, ce qui permet, alors même que les gens assistent à la scène connue et répétitive d’un enterrement, de transmettre l’idée qu’un individu ne doit pas être considéré que par lui-même, mais en fonction de sa place et de son rôle dans la structure familiale, dans la durée. Cette idée est exprimée sous forme d’un rappel imposé du respect qui est moralement dû aux parents morts et aux ancêtres, ce qui fait que les funérailles finissent par créer une sorte d’échange à l’intérieure de la famille, une identification entre les générations, faisant des obligés à travers une « sacralisation » de la famille. Quant au « Jour du muriaense », une partie importante de cette improvisation est laissée à la population, en ce que qui concerne le succès d’une commémoration qui appelle à des valeurs d’identité, capables de réactiver et de maintenir en équilibre la capacité d’affrontement de deux groupes familiaux dans l’espace politique. L’improvisation néanmoins, est provoquée par ceux qui détiennent la maîtrise pratique du sens des gestes, des mots et des émotions suscitées par des cérémonies qui réunissent de nombreuses personnes, autrement dit, par certains hommes politiques animés par les risques qui régissent leur conduite lors des situations d’incertitudes. Bref, des personnes qui détiennent la capacité de répondre aux situations pratiques et de s’adapter aux événements.
Mais c’est la complicité, pleine d’émotion, des participants qui, dans les deux cérémonies, fournit la chaleur humaine nécessaire à ce qui les soutient. Elle témoigne de l’existence de « moments sacralisés », par lesquels, pour reprendre la définition de Marc Augé sur les rites, il y a croisements de parcours, « ceux où notre trajectoire individuelle rencontre celle des autres (Augé, 1987) ». Il s’agit ici d’un croisement responsable de l’efficacité des stimulus déclenchés par ceux qui détiennent le savoir faire nécessaire à faire le jeu politique, c’est aussi bien le cas du cousin d’Augusto que des autres membres de la parenté présents à la fête du muriaense. En s’appuyant sur leurs expériences sociales et politiques, ils sont en mesure de dépasser l’événement lui-même pour en tirer profit pour la continuité d’une expérience politique, à travers la réminiscence d’une référence familiale. Enfin, l’on peut déceler dans les deux cérémonies les éléments considérés par les ethnologues comme constitutifs d’un rituel : la maîtrise du temps, la répétition et la formalisation des scènes, la dramatisation, la présence symbolique du sacré et la croyance des participants.
Mais ces deux rituels se différencient toutefois par un aspect très important pour la compréhension des actes qui favorisent la reproduction de l’ensemble des rapports constituant un ordre politique particulier. Les funérailles du « cousin Augusto », étant donné qu’il s’agissait d’un rituel pratiqué face à une menace de déséquilibre familial, ont fini par se transformer en symbole du pouvoir politique d’une famille, une fois qu’il faisait appel à son histoire à un moment d’incertitude et de risque imminent pour le capital politique du groupe. Lors de la fête du muriaense, le symbole politique devient plutôt une allégorie : il perd le sens évident pour signifier un concept général de pouvoir politique. L’histoire du politique familial incorporé dans le cimetière se converti en l’idée de son pouvoir, et selon le sens défini par Walter Benjamin, en métaphore sans histoire.
La différence se situe donc dans les effets politiques que produisent ces deux cérémonies, l’une renfermant un risque d’oubli et l’autre proposant des rites préventifs contre cette amnésie. En ce qui concerne le rituel préventif, la transposition d’un symbole en allégorie politique contribue à ce que les stimulus déclenchés par les hommes politiques atteignent la population de manière simplifiée, sans un passé, présent ou futur ordonnés chronologiquement. Ce « désordre historique » concourt à la persistance de signes génériques, contribuant également à occulter ce qui constitue le fondement de la représentation politique: le métier politique. Inversement, lors du rituel des funérailles, les dates sur les sépultures, la précision des noms et la relation des indicateurs qui orientent la construction du groupe familial dans le pouvoir apparaissent comme l’antithèse de ces signaux génériques. Ce sont des éléments qui visent à mette en avant, dans une élaboration du passé, la vocation familiale – la politique – la transformant en symbole de la famille. Quand la dernière est évoquée lors des discours ou des défilés qui s’adressent à un ensemble d’électeurs, sa signification est schématisée, et ne deviennent visibles que des signes abstraits représentant la croyance au pouvoir politique d’un groupe. Tel un caricaturiste qui dans le but de souligner une expression déterminée enlève plusieurs traits du corps dessiné, la réduction stylisée existant dans la fête décrite rend absents plusieurs traits ordonnateurs do métier politique, construits ici dans la durée et passant à travers plusieurs générations.
Dans un cas comme dans l’autre, on peut observer la dimension des instabilités et des possibilités historiques y contenues en termes politiques, qui ne peuvent se réduire à l’imédiatisme de l’application d’un code électoral, ou d’un idéal démocratique contrarié. Une observation pertinente des actions politiques cachées dans les rituels permettra de comprendre les formes de structuration de relations politiques bien particulières, capables d’aider dans une définition du sens dernier de l’exercice professionnel de la politique. Elles dévoileraient les actes symboliques qui légitiment de telles relations dans une société donnée, ce qui évite de reprendre le vieux débat sur l’archaïsme ou la modernité politiques. Car, comme le livre dirigé par Corbin (1994) l’avait déjà suggéré, pour qu’il y ait usages politiques de la fête, il faut bien que celle-ci existe préalablement et offre des cadres, des temps, des espaces, des symboles à cette « captation »

4 – Bibliographie
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———-1992, Veja, 7/10/.
AUGÉ, Marc, 1987, « D’un rite à l’autre”, entretien avec D. Fabre, in Terrain, n/8 pp.71-77.
BOURDIEU, Pierre, 1980, « Le mort saisit le vif – les relations entre l’histoire réifiée et l’histoire incorporée », Actes de la recherche en sciences sociales, nº 32/33, avril-juinb, pp. 3-14.
CANEDO, Letícia, 1991, « Estratégias familiares na construção social de uma qualificação política », Educação e Sociedade, XII,n°39, pp. 221-245.
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_______ 1998, « La production généalogique et les modes de transmission d’un capital politique familial dans le Minas Gerais brésilien », Genèses 31, juin, pp. 4 – 28.
CORBIN, Alain (dir.), 1994, Les usages politiques des fêtes aux XIX-XXème siècles. Paris, Publications de la Sorbonne.
DULCI, Otávio, 1986, « Minas não há mais ? », I Seminário de Economia Mineira, Diamantina/1982, Belo Horizonte, CEDEPLAR.
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HALBWACHS, Maurice,1976, Les cadres Sociaux de la mémoire. Paris, la Haye, Mouton.
HORTA, Cid Rebelo, 1956, « Família Governamentais de Minas Gerais », II Seminário de Estudos Mineiros. Belo-Horizonte, UFMG, pp. 45-90.
IHL, Olivier, 1977, Le vote. Paris, Montchrestien.
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______ 1991, « Des combats et des triomphes de Marianne : entre folklore et rituel ? », Temps Modernes, 536-537, mars-avril, pp. 187-217.

NOTES

(1) Le Minas Gerais est l’un des 26 États de la fédération brésilienne et il se place parmi les cinq plus développés. Il est situé dans le centre du Brésil et jusqu’en 1950, d’après l’Anuário Estatístico do Brasil, c’était l’État le plus peuplé du pays et avec le plus grand nombre d’électeurs. Actuellement, sous cet aspect, il a été supplanté par l’État de São Paulo. La ville de Muriaé est située à l’est du Minas Gerais et constitue un important pôle commercial de sa région (la Zona da Mata). Selon les données de l’Instituto Brasileiro de Geografia Estatística, en 1990 la population de la municipalité comptait 84585 habitant dont 53.853 électeurs inscrits dans la liste électorale.
(2) La magistrature était pendant le deuxième Empire (1842-1889) dépendante du ministre de la Justice, par un pouvoir de nomination qui rendait la filiation à un parti une condition essentielle à une postérieur ascension, aussi bien dans la magistrature que dans la carrière politique. Dans la magistrature, Antonio Augusto a atteint le poste le plus haut, celui de desembargador, titre par lequel il est resté connu. Dans la politique, il a été élu député à l’Assemblée Générale de l’Empire en 1862, où il a représenté les conservateurs jusqu’à sa mort en 1886.
(3) Entretien avec Pio Canêdo – 20/07/1986. Entre autres postes, Pio Canêdo a occupé celui de maire de Muriaé, il a été député durant plusieurs législatures, secrétaire de l’intérieur et de la Sécurité Public de l’État de Minas Gerais, secrétaire de l’agriculture de l’État de Minas Gerais, un des fondateurs et chefs du PSD (Partido Social-Democrático), vice-gouverneur du Minas Gerais (1965-1970), vice-président de la Banque de l’État du Minas Gerais, directeur, et un des fondateurs de la fondation João Pinheiro, organisme voué aux études et projets macro-économiques du Minas Gerais depuis 1969.
(4) En 1962, la différence entre le candidat vainqueur et le candidat battu ne fut que de 3,3%. Les votes blancs et nuls ne dépassaient pas 2,65% (il convient de rappeler, toutefois, que le vote est obligatoire au Brésil). Lors des élections de 1976 cette différence était de 7,36%, tandis que les partis ayant un programme idéologique n’atteignaient que 2,105 des votes. Alors les votes blancs et nuls comptaient 8,8% des voix. En 1982, la différence entre les deux factions était de 3,63% et 3,01% en 1988. Ce n’est qu’à partir de 1992 que l’on peut observer une croissance du PT (Parti des Travailleurs), disposant d’un programme idéologique, lequel a obtenu 8,01% des voix. Source : registro do Cartório Eleitoral – Muriaé, Minas Gerais.
(5) Benedito Nunes, décembre 1988.
(6) Durant la période de 1842-70 de l’Empire, seulement deux partis politiques agissaient au Brésil. Pendant la Velha República (1889-1930), chaque État de la fédération avait son parti politique officiel (PRP – Parti Républicain Paulista ; PRM – Parti Républicain Mineiro, etc.). En 1945, la quatrième constitution brésilienne a permis la création d’autres partis. Les données d’Otávio Dulci, « Minas não há mais ? », I Seminário de Economia Mineira, Diamantina, 1982, Belo Horizonte, CEDEPLAR, 1986, montrent cependant, que lors des élections mineiras de 1945 à 1962, 805 des votes en moyenne allaient aux trois partis politiques conservateurs : PSD,UDN e PR. Les 20% restants étaient repartis entre tous les petits partis. En 1965 tous les partis ont été abolis par le gouvernement militaire, permettant seulement l’existence de deux partis à nouveau, ce qui, selon l’expression de Dulci, a signifié une « réalisation de la réalité ». A la fin des années 80, la légalisation des partis politiques n’a cependant pas changé la lutte bipolaire dans la plupart des anciennes municipalités.
(7) Entretien avec José Canêdo, juillet 1994. L’image des mannequins de cortège qui habillaient les hommes lors de fêtes du Carnaval est ici évoquée pour signifier que les hommes politiques de ce groupe se reproduisent dans la politique en se cachant sous le sigle d’un parti, ce qui les fait exister comme des « vrais » hommes politiques.
(8) Les ouvrages de mémoires sont riches en cet aspect. C’est le cas des six volumes qui composent les mémoires de Pedro Nava et les entretiens avec des hommes politiques, qui utilisent les techniques de l’histoire orale.
(9) Eduardo Azeredo a été élu en 1994 par les filières de gauche sous l’image d’un homme politique moderne, détenteur de toutes les capacités exigées par la politique contemporaine (compétence technique en économie, gestion, informatique, etc.). Cependant il appartient à une traditionnelle famille d’hommes politiques venant de la Première République (1889-1930) et a été ostensiblement soutenu pendant la campagne par les anciennes familles mineiras de différents partis politiques qui détiennent, encore, les votes de l’État à travers les échanges de faveurs et services.
(10) Pendant la période républicaine 17 présidents de la République ont été élus, dont 5 ont eu la carrière politique construite à São Paulo, 3 à Rio de Janeiro (pourtant capitale de la République de 1889 à 1960), 1 dans la Paraíba, 1 dans le Rio Grande do Sul et 1 dans l’Alagoas.
(11) Vereador – conseiller municipal élu.
(12) Selon Halbwachs (1976), aucune mémoire ne peut exister en dehors d’une référence à un cadre spatial socialement déterminé.
(13) La ville a été émancipée le 16 mai 1855.
(14) Entretien avec Gilberto Canêdo de Magalhães, février 1988. Gilberto appartient à une branche éloignée de la famille qui s’est transféré à Rio de Janeiro au début du siècle.
(15) Entretien avec Christiano Canêdo, ancien maire de la ville (1988-1992), nov. 1994.
(16) Copie de l’invitation reçue par l’auteur lors de son séjour en France.
(17) Entretien Consolação Freitas Canêdo, 3 nov. 1994.
(18) Entretien Maria Rosaria Eudoxia Canêdo Miranda, 18 juillet 1994.
(19) Entretien avec José Canêdo, juillet 1994.
(20) A propos de la preuve du domicile pour l’inscription dans les listes électorales (loi du 5 Avril 1884, pour Paris), Offerlé(1995, 5-6),écrit : « D’un côté l’inscription implique un attachement au double sens matériel (habiter) et symbolique (s’identifier à) qui doit d’ailleurs se retrouver dans l’accomplissement même de l’acte de voter se déroulant sous l’inspiration du milieu où il vit. ».[…] Le rattachement à citoyenneté civique nationale passera par l’attachement à la citoyenneté locale. L’identification à cette communauté « imaginée »(CBf. Anderson) qu’est la nation se fera contre et par le canal d’une localisation où se construit le rapport à la politique et aux politiques publiques, où se manifeste la citoyenneté dans ses usages, où se fait l’apprentissage de l’intérêt à être français ».
(20) Au Brésil le vote est obligatoire et il n’existe pas de vote par correspondance. C’est pourquoi on est obliger de « justifier » son absence du lieu de votation dans un bureau de da poste. La copie du formulaire y rempli doit être présenté par la suite au juge électoral de la ville où l’électeur est inscrit.

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