La production généalogique et le modes de transmission d’un capital politique familial dans le Minas Gerais brésilien

Publicado em: Genèses, Paris, v. 2, n. 31, p. 4-28, 1998

Introduction
L’intérêt pour les familles mineiras[2], visant à la compréhension des modes de transmission du capital politique familial, n’est pas gratuit. Les questions concernant la politique mineira dépassent en effet les limites locales comme en témoigne le pouvoir exercé par élites de Minas Gerais sous l’Empire (1822-1889) et la République (à partir de 1889) : cinq présidents de la République, des nombreux ministres (parmi les portefeuilles les plus importants), sept vice-présidents de la République, une forte représentation dans les principales Commissions financières et de justice de l’Assemblée Nationale et les principales fonctions dans tous les Ministères. Depuis le début de la Nouvelle République, en 1985, deux présidents sur quatre sont venus de Minas Gerais et ont constitué des gouvernements de mineiros. Ce n’est pas sans raison si dans le II Séminaire d’Etudes Mineiros (1956) une recherche a été présentée qui montrait les liens de cette élite avec un réseau de 27 familles contrôlant la politique de l’Etat du niveau local jusqu’au niveau national[3].
Souvent citée, mais rarement sollicitée dans les travaux portant sur les faits politiques, cette recherche de Rebelo Horta a été reprise en 1990 par Frances Hagopian, pour sa thèse sur les élites traditionnelles du Brésil contemporain[4]. Elle affirme qu’on peut encore retrouver des membres de ces familles dans les postes les plus élevés de l’administration. Mais aussi, les nouvelles élites doivent leurs responsabilités et leurs places aux anciennes.
Je ne présente pas ces informations avec l’intention de relancer les débats sur l’archaïsme ou la modernité politiques[5], liés à une conception conventionnelle de la modernisation politique. D’autant plus que rien n’indique que les pratiques des hommes politiques mineiros ne puissent être envisagées que du seul point de vue de leur distance avec la modernité et les formes de légitimation de l’Etat démocratique légal. Il s’agit d’apporter des éléments qui interrogent la notion de durée en politique, en parcourant un des chemins les plus tortueux de la mémoire: la mémoire politique.
Des nombreuses sources fournissent des informations sur cette mémoire. Parmi celles fréquemment utilisées il y a les biographies et les écrits des hommes politiques, qui de plus en plus attirent l’attention des sociologues et politologues[6]. Cependant, l’observation d’un homme politique expérimenté du Minas Gerais m’a orienté vers d’autres pistes de recherche. Face à mes difficultés pour appréhender la nature des mandats électifs des mineiros, il m’a dit: «L’homme politique mineiro n’écrit rien. Les archives du mineiro se trouvent dans la mémoire[7]».
Toutefois, contrairement à l’affirmation de cet ancien député, Klein Dutra, j’ai découvert que les hommes politiques mineiros ont écrit leur mémoire : elle est cachée dans les méandres des généalogies. Leur vision de monde s’ordonne à travers les modèles de mariages qui s’y dessinent. En effet, la régularité des choix des conjoints et de leur activité professionnelle indique la logique d’un ordre politique basé sur le pouvoir de la bureaucratie d’Etat. Car il s’agit de généalogies dont les membres sont connus par leur activité dans la fonction publique. Ces hommes politiques ont, en outre, objectivé la nature de leurs mandats électifs : bustes ou plaques en l’honneur de leurs ancêtres politiques sur les places publiques, bâtiments administratifs portant le nom de la famille et décorés de portraits des aïeuls célèbres (avec des rappels insistants sur leurs bons services à l’Etat).
L’importance politique de l’analyse de ces registres se situe dans le fait qu’ils stimulent non seulement la mémoire familiale mais aussi celle de la population, préparant celle-ci au rituel des élections. Les résultats chiffrés du scrutin cachent aux non initiés ce qui sous-tend les mécanismes d’agrégation : le geste électoral, celui de cocher ou d’écrire un nom sur un bulletin dans la solitude de l’isoloir et de le glisser dans l’urne – un geste perçu comme individuel, libre de toutes relations sociales préexistantes. Pourtant, on l’oublie souvent, tous les gestes de la vie sociale sont concentrés dans ce seul geste. Unis, ils font le miracle de transformer l’acte du vote, d’un acte isolé en un acte qui réactive la mémoire collective. C’est justement cette mémoire qui intervient au moment du vote. Elle signale les héritiers, c’est à dire, les garanties symboliques de l’identité d’une communauté donnée. De manière paradoxale, elle consolide, élection après élection, le pouvoir de ces «lignées politiques»[8].
Ces préalables justifient la démarche retenue dans ce travail, qui prend pour fil conducteur une généalogie publiée par la maison d’édition de l’Etat[9]. Deux autres sources principales ont également été utilisées : des entretiens et des documents des archives familiales[10].
La généalogie s’attache à un groupe familial de la Zona da Mata[11] de Minas Gerais. Il s’agit d’une famille reconnue dans sa région électorale comme “une famille d’hommes politiques”, étant donné que depuis plus d’un siècle certains de ses membres réussissent avec du succès, génération après génération, à accumuler des postes dans l’espace du pouvoir public. Considérés comme des bons techniciens et administrateurs, les hommes politiques recensés se sont fait reconnaître comme des autorités compétentes par ceux qui les élisent.
Un certain nombre d’autres faits ont également contribué au choix de cette généalogie comme objet d’études, parce qu’ils aident à comprendre les moyens par lesquels on arrive à produire des élaborations spécifiques du politique :
· les hommes politiques qui y sont enregistrés appartiennent à une des 27 familles gouvernementales citées par Horta ;
· cette lignée reprend les trois éléments que Frances Hagopian[12]révèle comme essentiels à l’ascension de l’élite mineira au centre de la politique : les racines oligarchiques, la vocation pour la fonction publique et la compétence technique de ces membres ;
· la généalogie a été publiée par la maison d’édition officielle de l’Etat et non par une maison d’édition privée[13] ;
· la date de parution (1970) du livre coïncide avec une des périodes de la décadence intermittente par laquelle est passé le groupe familial dans la politique. J’ai pour hypothèse que le fait de rendre publique cette généalogie à l’effet d’une arme dans la lutte pour la pérennité politique d’un groupe familial qui exerce un pouvoir politique depuis l’indépendance du Brésil (1822).

Plus qu’un instrument construit pour célébrer des hommes politiques, le choix de la maison d’édition réaffirme les liens de la famille du généalogiste avec les activités du service de l’Etat.

Le temps dans la généalogie : famille et pouvoir politique
La généalogie se présente sous une double face au sociologue. D’un côté, à l’exemple des archives historiques, elle est organisée de manière chronologique, en périodes qui se succèdent au long du temps. Sous ce point de vue, elle réunit et ordonne des informations sur des aspects essentiels de la société – naissances, morts, mariages, etc. – lesquels, interprétés, servent de base aux analyses historiques, sociologiques et politiques.
D’un autre côté, elle recèle toute une dimension symbolique, résultat d’une manière propre de concevoir le réel. Elle donne une identité à la famille, en lui établissant une origine, un commencement qui rompt avec tout ce qui lui a précédé. Son tracé régulier, chronologique et cumulatif de la trajectoire familiale garantit la continuité et la cohésion de la famille. La généalogie renferme et modèle les pratiques individuelles et collectives du présent, mais les montre comme si elles faisaient partie d’un cadre hérité : elle rend présent le passé tout en le projetant vers le futur. C’est pourquoi le sociologue ne peut pas travailler sur les informations brutes, telles qu’elles ont été organisées par le généalogiste, sous peine de devenir prisonnier d’évidences.
Pour rendre compte de ce double aspect, la généalogie que nous avons employée comme source principale des données a été analysée comme une catégorie de la pratique politique, en d’autres mots, comme un outil d’usage social et politique.
Alves Pequeno, l’auteur de cette oeuvre, essaie de reconstituer la descendance de sa trisaïeule, Balbina Honória Severina Augusta Carneiro Leão (1797-1874) “jusqu’à nos jours”. De cette manière, dès l’introduction de son oeuvre le généalogiste nous fait entrevoir ce double aspect présenté plus haut. Car, outre les questions d’ordre symbolique, il est curieux de constater que la cohésion des générations est donnée par une femme, et non par un couple. Une femme est choisie pour justifier le début d’une descendance où, selon les propres mots du généalogiste , on retrouve des personnages masculins “de la plus haute extraction sociale et politique” .La trisaïeule, elle, est présentée comme la soeur aînée du Marquis du Paraná, célèbre homme d’état brésilien, responsable pour la formation du Gabinete da Conciliação (1853-1857)[14].
Or, dans la société occidentale la descendance est fondée sur la parenté masculine et sur la puissance paternelle. Le père est le seul à pouvoir transmettre le nom[15]. En conséquence, la descendance de l’aïeule Balbina est enregistrée dans la généalogie sous les noms les plus différents. Sur la couverture du livre on lit tous les noms reconnus par l’auteur : Familles Carneiro Leão, Canêdo, Oliveira Penna, Oliveira Diniz, Moreira Penna, Almeida Magalhães et d’autres. Ici, la question de la cohésion interne du groupe devient plus claire, car le généalogiste, sans être explicite, a sans doute attribué à une femme, avec un frère célèbre, la primauté de liens de parenté afin de garantir la conscience d’une identité familiale éparpillée en plusieures lignées masculines. C’est exactement à cette identité familiale que l’auteur fait référence dans son introduction :

… les familles qui y sont inscrites proviennent de ce qu’il y a de plus distingué au sein des légitimes et glorieuses traditions de cette terre splendide. Elles comprennent des personnages de la plus haute extraction sociale et politique : des chefs d’Etat, des ministres, des secrétaires, des sénateurs, des députés des juges, des procureurs, des avocats, des ingénieurs, des médecins, des commerçants, des industriels, des agriculteurs, des journalistes, des hommes d’église, etc.[16]

Malgré le caractère atemporel et en trompe l’oeil qu’affiche toute la généalogie, cette citation permet de rendre concrètes, à travers les expériences professionnelles, les valeurs qui ont orienté la conduite de la descendance telle que l’organise le généalogiste. Il privilégie le service de l’Etat et la représentation politique. Ensuite sa préférence se tourne vers les professions liées à l’enseignement supérieur, telles le droit et l’ingénierie. Les activités de production, l’agriculture et la religion sont reléguées à la fin. Ainsi, il est curieux d’observer que les activités préférentielles qui ont été énumérées n’attribuent pas la primauté au succès économique mais plutôt à la conformité aux exigences du champ politique.
Cependant, quoique dise cette introduction, on n’a pas rencontré des banquiers ou des industriels lors de l’étude de la descendance enregistrée. Les banquiers cités pas Alves Pequeno étaient des hommes qui ont occupé des postes élevés dans les banques d’Etat. De la même façon, les ingénieurs et les avocats dont il est question ne se sont pas distingués dans le rôle de professionnels indépendants, mais dans l’exercice de la fonction publique. Parmi les 575 occupations identifiées dans la généalogie, 375 (65%) étaient liées à la fonction publique. On a pu également observer que les députés et les sénateurs de cette famille ont occupé aussi des postes de responsabilité dans l’administration où une compétence technique était exigée.

Les données généalogiques soulignent le jeu d’intérêts familiaux liés à des positions dans l’administration. Mais jusqu’à quel point la construction des liens dans ce groupe familial était-elle élaborée en fonction de cet enjeu, la fonction publique ? Qu’est-ce qui a permis à ce groupe, durant plus de 150 ans, de jouer dans ce champ de force aussi instable que la politique ? En d’autres mots, quels sont les instruments de perception et d’interprétation des actions politiques de cette société qui accordent un tel poids à la famille, et qu’en même temps affirment l’égalité des citoyens et développent des lois qui visent à ce que la société devienne de plus en plus démocratique ?
Ces aspects contradictoires seront analysés dans la première partie de cet article, qui fait référence à l’étude de la généalogie comme une source de données historiques. La deuxième partie du travail s’occupera de la généalogie comme une source d’accumulation de capital symbolique et de stratégie politique.

L’organisation du pouvoir politique dans la société mineira à la première moitié du XIXème siècle
Le mariage de Balbina Honória avec Manoel da Silva Canêdo, analysé selon les donnés qui ont été sélectionnées par le généalogiste, n’est pas dépourvu de sens. Il a eu lieu à Barbacena, en 1814, à la veille de l’élévation de la Colonie brésilienne à la catégorie de Royaume uni au Portugal, pendant le processus d’indépendance[17].
Barbacena se situe dans le Minas Gerais (Zona da Mata ?). Son peuplement a commencé avec le début de l’occupation de l’espace mineiro dans la deuxième décennie du XVIIème siècle, lors de la découverte de l’or. Son développement a été rapide et dû à sa position stratégique : étape obligatoire dans la liaison commerciale de la région des mines avec Rio de Janeiro, alors capitale de la colonie. Au début du XIXème, Barbacena était une importante ville commerciale.
A la lumière de la spécificité de l’histoire mineira, le mariage de Balbina marque l’option de la famille pour faire face aux transformations qui avaient lieu dans la société avec la fin de la gloire de l’or. En effet, il révèle deux aspects intéressants :
* Un intérêt net pour créer des alliances familiales avec les portugais blancs capables d’élargir les réseaux d’amitié, avec des liens en des diverses corporations, mais toujours tournés vers le gouvernement central. Cet aspect souligne l’absence de noms non-portugais dans la généalogie ;
* Une aspiration pour (créer ?) maintenir des liens bureaucratiques dans les espaces urbains après la décadence de l’or et le début du mouvement vers la campagne. Cet aspect souligne la valeur accordée par le généalogiste à l’option de la famille pour les engrenages de la bureaucratie de l’Etat.
Balbina était la fille d’un commerçant, Carneiro Leão, qui fournissait la région des mines. Avec d’autres commerçants portugais, il était imbriqué dans un réseau de parenté et d’échange informel d’étendue internationale[18] et en rapport avec le monde de la Cour. Le mari de Balbina était conseiller municipal de Barbacena et portugais de naissance.
L’alliance de Balbina avec un notable local a rompu avec la régularité des mariages endogamies du côté des Carneiro Leão et a placé la famille de commerçants sur la voie du pouvoir politique. Il n’était pas difficile pour lui qui était fils de capitaine, et ainsi vu avec distinction, étant du côté de ceux qui sont obéis sans être questionnés, car ‘capitaine’ était un titre octroyé par la Couronne portugaise[19].
Pour bien comprendre la signification du mariage de la fille d’un commerçant, ayant des attaches internationales, avec le fils d’un homme détenteur d’un titre de la Couronne portugaise, il faut tenir compte du fait qu’une société dont l’activité est basée sur l’exploration de l’or d’aluvião (de surface) produit une couche sociale dominante beaucoup plus instable que, par exemple, celle des seigneurs du sucre. La production de sucre dans le Nordeste brésilien, on le sait bien, a permis la création de traits anoblis à partir de la propriété de la terre[20]. Tandis que dans le Minas ‘l’anoblissement’ dépendait directement des liens avec la bureaucratie de l’Etat portugais[21].
Or, la richesse des mines à la deuxième moitié du XVIIIème siècle a apporté à la région un important contingent de population[22] et un accroissement urbain sans pareil dans le modèle colonial. Au même moment la Couronne portugaise a créé un important dispositif administratif pour contrôler la région la plus riche de l’Império Colonial. Ainsi, dans le Minas, l’urbanisation et la bureaucratisation sont antérieurs à la ‘ruralisation’. Un phénomène qui a eu un effet contradictoire pour les commerçants, car il a engendré une perte d’autonomie : le commerce se faisait par les centres administratifs, les marchandises étaient transportés par des bateaux contrôlés et choisis par l’administration portugaise. Ceci a procuré à une branche de la bureaucratie le sentiment d’appartenir à un groupe d’influence politique. Pour entretenir cette image de prestige il était nécessaire d’attester les moyens de se maintenir dans la mouvance de la bureaucratie de l’Etat[23].
Le mariage de Balbina montre ainsi un type d’investissement social et politique fait par les grands commerçants Carneiro Leão en choisissant comme gendre un homme considéré par sa ‘noblesse et richesse’. Un des résultats immédiats a été l’expérience politique précoce, à la Cour, du frère cadet de Balbina, Honório Hermeto. Par les mains de la familles il a bientôt été conduit aux études de droit à Coimbra (Portugal), ce qui lui a permis d’atteindre, à l’âge de 25 ans, 4 ans après l’indépendance du Brésil, le plus haut niveau de la magistrature et le titre de vicomte et de marquis de Paraná[24]. Par la suite il a été Ministre de la Justice, président des provinces de Rio de Janeiro et de Pernambuco, a été élu au sénat et finalement a exercé la présidence du Conseil des Ministres, couronné par le succès de sa politique dans le Gabinete da Conciliação (1853-55)[25]. Il faut ajouter à cela le titre de commandeur de l’Empire accordé en 1853 à Manoel Canêdo, la mari de Balbina, pour les services rendus à la Couronne. Deux fils de Balbina ont été gratifiés du même titre, ainsi que son beau-fils, et la carrière de beaucoup de ses descendants liés à la magistrature et aux postes de représentation (député, sénateur) a été favorisée. Cela a été observé par un visiteur étranger déconcerté : “Au Brésil, les représentants de la nation étaient en même temps ceux de l’Etat et les fiscaux du gouvernement, ses propres fonctionnaires[26]”.
Cela nous fait revenir au deuxième aspect considéré, à savoir l’aspiration pour maintenir des liens bureaucratiques dans les espaces urbains.
Avec la pénurie de l’or à partir des années 1780, et la conséquente intensification de la fiscalisation portugaise sur le quinto (impôt : 1/5 de l’or trouvé), le départ pour la campagne, les Gerais, correspondait à la décadence, à la chute sociale associée à l’affaiblissement des contacts urbains et à l’absence d’influence et donc de pouvoir[27]. La terre existait en quantité et était d’un accès facile[28]. Mais le prestige lié au pouvoir politique, au contraire, exigeait un investissement beaucoup plus coûteux, né de la concurrence au sein de la Cour portugaise. Il est intéressant d’observer que les propriétaires terriens du Minas Gerais révéraient cette classe de bureaucrates. Ils allaient jusqu’à reconnaître en elle la même importance sociale que les fonctionnaires publics s’attribuaient eux-mêmes[29].
Garantir le prestige dans la bureaucratie d’Etat a été la stratégie pour l’accumulation d’un vaste capital politique.

Le progrès des membres de la famille dans la bureaucratie de l’Empire
Afin de défendre leurs privilèges, les agents de la bureaucratie centrale, après l’indépendance (1822), ont accentué la conception de bien public dans le travail de réorganiser les intérêts de l’Etat contre les titulaires des postes locaux monopolisés par les propriétaires terriens. En 1841, l’Empire devient centralisé, par le biais de l’interprétation d’une loi, “dans les mains du Ministre de la Justice, généralissime de la police, en lui donnant pour agents une armée de fonctionnaires hiérarchisés, depuis le président de province et le chef de police jusqu’aux inspecteurs de quartier[30]”.
Cette loi, dont un des promoteurs était le Marquis de Paraná, le frère cadet de Balbina, a créé une magistrature professionnelle dépendante du gouvernement central, à travers le pouvoir de nomination. Les descendants de Balbina en ont tiré grand profit, en suivant la carrière classique des diplômés en droit : juge municipal, procureur général, juge en première instance, desembargador[31]. Dans les postes de représentation cette formation professionnelle les mènerait à participer de la construction de lois de l’Etat. (Minas ou Brasil ?)
Les archives de Antonio Augusto da Silva Canêdo[32], petit-fils, de Balbina, laissent voir les applications pratiques de cette loi, car ils éclaircissent deux aspects de difficile conciliation y implicites : comment discipliner le pouvoir local et en même temps l’utiliser en faveur de la centralisation, à travers un recrutement fidèle suivant les liens de parenté. On y trouve les brouillons de plusieurs sentences prononcés par lui, lors qu’il était juge de la Zona da Mata dans les années 1860, pour apaiser les querelles familiales des dirigeants locaux. On y voit également des lettres du Ministre de la Justice l’interrogeant sur des personnes qu’il pourrait nommer, et le brouillon de ses réponses :

J’ai l’honneur de recevoir cette chère lettre confidentielle que vous m’avez adressée, me demandant d’indiquer les citoyens que je jugerais aptes à occuper des postes de remplacement de Juges municipaux de ce Canton. Pour vous satisfaire, je vous envoie ci-joint les listes qui comportent aussi les villes de Barbacena et de Rio Novo, dont les nominations sont de mon intérêt.
Quant à ce canton, vous vous souviendrez que je vous ai à plusieurs reprises demandé d’accueillir ma proposition car je m’intéressais à la nomination de certains de mes amis. Maintenant que je vous envoie les noms, je vous demande de choisir parmi eux les nommés. En même temps que j’insiste de façon véhémente pour que, en aucun cas, vous nommiez, pour aucun poste local, le portugais naturalisé (…). Sa nomination impliquerait un affront à ma personne et j’en serais profondément déçu (…).
Je suis fils de Barbacena. Toute ma famille et mes propriétés y sont. (…) Ceci étant, je m’engage auprès de vous en ce qui concerne les nominations de cette ville. Les premiers de la liste sont mes parents (…)

Les lettres attestent en outre l’importance de son rôle, en tant que député du Parti Conservateur, d’intermédiaire entre les propriétaires terriens locaux et les institutions de crédit centralisés. Une telle influence a été rendue possible grâce aux liens matrimoniaux de la famille avec des personnes bien implantées dans le commerce : la fille aînée de Balbina s’est mariée avec un très riche commerçant de Barbacena – João Fernandes de Oliveira Penna – député provincial quatre fois et chef du Parti Libéral de la région. Ses deux fils aînés, diplômés en droit, se sont mariés avec ses propres nièces, filles de João Fernandes et leur soeur. Le fils cadet, également diplômé en droit, s’est marié avec une cousine Carneiro Leão et son parrain de mariage était le Marquis de Paraná.

Les mariages dans le milieu des commerçants établis et prospères ont pu ainsi aider le progrès des membres de la famille dans la bureaucratie de l’Etat. Cela a permis aux nouvelles générations d’accéder aux coûteuses écoles d’élite qui préparaient à la fonction publique.

Comme montre les tabeaux, les mariages décrits plus haut ont donné naissance à une pratique dont la reproduction est devenue régulière : l’investissement dans la fonction publique. De là vient l’importance donnée aux types de mariages réalisés dans la descendance de Balbina, qui ont permis de stabiliser, dans un équilibre relatif, la position politique atteinte. Si l’on les compare aux alliances réalisées en d’autres familles, dépositaires de capitaux et d’intérêts différents, comme les grands propriétaires de terre, par exemple, les stratégies de mariage, reconstruites à partir de l’étude de cette généalogie, peuvent être vues comme des atouts, qui sont utilisés en des périodes de transition politique et économique, c’est à dire, une aptitude à suivre les aléas de l’histoire.

Les mariages hors de la descendance et leur impact politique pendant la période républicaine
Il n’est pas étonnant de constater la préférence postérieur de la famille pour les unions réalisées hors de la descendance. Elisabeth Kuznesof avait déjà observé que, à la deuxième moitié du XIXème, l’élargissement du réseau des institutions et des postes politiques avait donné naissance au besoin d’étendre le réseau familial afin d’atteindre les objectifs politiques[33].
Cette observation prend du sens lorsqu’on la compare avec ce qui se passe dans une famille de propriétaires de terre. On y voit, aussi bien au Brésil que dans d’autres sociétés, une persistance des mariages consanguins dans la descendance[34], qui s’explique par un intérêt de la famille pour garder le domaine des terres. Une étude faite sur la famille Junqueira, une des plus grandes propriétaires de terre de Minas Gerais[35], révèle une famille qui, au début du siècle dernier, suivant les rivières, élargi la dimension de ses propriétés au delà des limites de Minas Gerais, grâce aux mariages consanguins. A la moitié du XIXème, une partie de Junqueiras avaient atteint São Paulo, une autre partie est venue vers la Zona da Mata du Minas, mais ils n’ont pas réussi à élargir leur pouvoir politique à travers ces frontières.
La famille qui est l’objet de notre étude n’a pas suivi le chemin des rivières. Elle accompagne la route des postes politiques, la route conduisant à Rio de Janeiro. La différence fondamentale entre les deux familles est que pour l’une la terre à une valeur d’investissement économique tandis que l’autre la voit comme un instrument pour atteindre des postes publiques. En d’autres mots, les mariages existants dans la généalogie analysée produiront un effet plus fort du point de vue politique que celui de l’investissement foncier[36]. Il n’en est même pas question de terres dans ce livre, au contraire de ce qu’on lit dans les généalogies étudiées par Brioschi, où la base du pouvoir apparaît fondée sur la filiation à la terre. Alves Pequeno, de son côté, est prodigue sur les références aux titres et aux positions occupées dans la haute bourgeoisie de l’Etat lorsqu’il décrit les mariages.
Deux stratégies matrimoniales se distinguent dans cette généalogie pendant la première République : 1) les alliances multiples entre groupes préférentiels ; 2) les alliances opposées.
J’entends par alliances multiples les mariages entre deux ou trois frères d’une famille avec deux ou trois soeurs d’une autre famille. Cela montre l’intérêt de certains groupes à se fermer en eux mêmes de manière à s’affermir, comme s’ils organisaient une nouvelle famille. C’étaient surtout des mariages réalisés hors de la descendance étudiée, dans une nouvelle parenté. Les liens avec cette parenté ayant été réalisés à travers les écoles de droit.
Dans cet ensemble d’alliances multiples, on peut recenser la présence d’un Président de la République, d’un gouverneur d’état, des ministres, des députés fédéraux des assesseurs de cabinets ministériels, des députés d’état, la présidence de la Banque du Brésil, entre autres postes publics. Les groupements familiaux qui ont réalisé ce type de mariages sont ainsi ceux qui ont pu préserver le pouvoir au niveau fédéral.
Les petits-enfants de Balbina Honória Feliciano Augusto et Maria Guilhermina Augusta, frère et soeur, se sont mariés avec Clementina et Afonso, frère et soeur aussi. Feliciano a été Sénateur de la République et Afonso Président de la République. Tous les deux ont étudié dans la même faculté de droit.
Les alliances opposées sont une pratique de mariage devenue régulière. Les fils diplômés se marient à des filles de propriétaires terriens, surtout du café, tandis que les filles sont destinées au mariage avec des hommes politiques ou avec des fonctionnaires bien placés dans la hiérarchie.
Aucune des six petites-filles de Balbina Honória n’a épousé un propriétaire de terres. Au contraire, la chronique familiale a rendu célèbre le mariage d’une d’elles avec un bacharel. En fait elle s’est mariée avec un membre d’une famille renommée de Barbacena, diplômé en droit et député de l’Assemblée Nationale de l’Empire, mais notoirement tuberculeux. Il est mort en effet de cette maladie lorsqu’il occupait le poste de président de la Province de Paraná. “Etre doutor (avocat diplômé) avec une bague au doigt c’était mieux que d’être un saint”, dit à ce propos D. Maria Isabel Novaes, nièce de la veuve, lors d’un entretien.

Ces alliances ordonnées par le généalogiste et reconstruites à l’aide de l’informatique soulignent un type d’investissement social et politique entrepris par le groupe familial. Le fait de donner ses filles à des fonctionnaires bien placés dans la hiérarchie ou à des hommes politiques exprime l’attache de la famille à la monopolisation des fonctions de représentation politique, juridique et administrative que les femmes, en tant que telles, ne pouvaient pas exercer. A travers cet arrangement matrimonial, elles pouvaient cependant ‘incorporer’ des talents masculins qui appartenaient à une élite raffinée et habile pour atteindre le champ complexe de l’Etat.
De l’autre côté, donner les fils bacharéis en mariage à des filles de propriétaires terriens de province était une manière de garantir le domaine de la politique là où la famille avait fixé sa zone électorale. Faisant une parodie du Viconte d’Uriguay, homme d’Etat de l’Empire : il fallait faire circuler le sang jusqu’à l’extrémité des pieds.

D’un total de 68 mariages des arrière-petits-enfants liés à la généalogie, seulement 3 de 32 femmes se sont mariées avec des fils de fermiers. D’un autre côté, 12 de 24 hommes se sont mariés avec des filles de fermiers. Mais il faut aussi ajouter que quand il y a eu un intérât pour la consolidation du pouvoir dans des régions électorales spécifiques de l’intérieur de l´Etat (les Canêdo à Muriaé, les Moreira Penna à Santa Bárbara) le pourcentage d’hommes mariés avec des filles de coronéis est plus grand (70%). Les autres se sont dédiés à la bureaucratie d’Etat, comme les Canêdo Magalhães, qui ont toujours vécu à Rio de Janeiro.
Ces mariages clarifient les stratégies qui ont rendu possible l’adaptation des hommes politiques de cette famille aux défis suscités par la décentralisation des institutions républicaines de la période 1889-1930.
Pendant la période connue comme la Première République, de 1889 `1930, les anciens partis nationaux – Conservador et Liberal – ont été remplacés par des partis régionaux suivant les dispositions constitutionnelles, selon lesquelles chaque Etat de la fédération devrait prévoir ses propres besoins. Cependant, la République a aussi connu des hommes politiques nationaux, qui ont survécu malgré le système dominant.
C’est le cas du Minas Gerais, où les anciens monarchistes, comme Afonso Penna, sont devenus des hommes de la république, dominant les républicains historiques affaiblis par les ruptures politiques. Ces hommes politiques nationaux qui venaient de l’Empire, au contraire, se sont liés[37]. Et parmi les alliances effectuées, celles du mariage sont d’égale importance, quand on pense à la continuité légitimée d’un même groupe au pouvoir. Mais il n’y a pas de mention de ces alliances dans les études disponibles.

La décentralisation des institutions républicaines exige une présence plus directe des membres de la famille dans la sphère des pouvoirs municipal et de l’Etat. On observe ainsi se dessiner un nouveau modèle de rapports entre les hommes politiques de cette famille et l’espace social qu’ils représentent : ils n’habitent pas dans leur région électorale, ils ont une carrière professionnelle dans la capitale de l’Etat ou de la Fédération, mais ils sont étroitement dépendants, pour conserver leur capacité de mobilisation électorale, de ceux qui les soutiennent durant les élections (les propriètaires terriens et les notables locaux), qui detiennent les fonctions de l’administration de la municipalité et la gestion locale des relations clientelísticas. En revanche, les ces derniers dépendent de la médiation des hommes politiqes pour ouvrir les portes des coffres de la fédération pour les travaux publics et les emprunts bancaires pour ses plantations toujours en crise[38]. Il faut aussi penser aux avantages personnels que les clientelisme apporte au pouvoir local.
La fermeture de la descendance Canêdo, étudiée plus particulièrement parmi les autres familles de la généalogie, avec les propriétaires du café de la Zona da Mata. Par le côté maternel les descendants avaient des liens avec des titulaires de postes municipaux, les notables locaux, les propriétaires de terre. Par le côté paternel en revanche, ils ont maintenu, par l’intermédiaire de l’ascendance féminine, alliée à des hommes politiques ou à des hauts fonctionnaires, leur place dans l’administration centrale de l’Etat, avec un contrôle sur leurs régions électorales. Les propos du chef politique actuel de la région de la Zona da Mata éclaircissent cet aspect :

J’avais les deux côtés. Du coté de ma mère on trouvait le coronel[39]Chico Pereira et le coronel Chico Theodoro. (…) Le coronel Chico Theodoro était le fils du coronel Francisco Theodoro, père de ma mère, chef politique de cette région. (…) Disons que j’ai commencé ma vie politique sous la protection des coronéis[40].

Le commentaire du frère de cet homme politique explique mieux le pouvoir de “l’autre côté”, le côté paternel:

Ah! Papa n’a pas laissé faire. Quand ils [les opposants] ont voulu empêcher Chico Pereira de prendre ses fonctions [de maire], papa a téléphoné immédiatement à Dornelles, parent de Getúlio Vargas, marié à notre cousine. Comme Dornelles était le chef de la police de l’état, Chico a pu prendre ses fonctions[41].

Afin d’établir un rapport entre les stratégies de mariage et le type de domination politique qui s’es perpétué dans le Minas, le contrôle du centre sur le pouvoir local, il est important de remarquer que les alliances décrites ici ne sont possibles que parce qu’elles ont été assumées par des personnes qui s’y sont disposé, qui avaient intérêt en raison d’investissements antérieurs. Dans le cas des propriétaires terriens, par exemple, tout indique que, occupés à gérer une production menacée par la crise, ils ont fait ce choix de mariage pour leurs filles afin de combler leur désir jamais satisfait, d’ascension sociale. Il était possible qu’ils retrouvent la gloire éphémère de l’ancien temps de l’or, à travers le mariage de leurs filles avec des hommes appartenant à une famille unie par les valeurs qu’elle s’était donnée et qui exprimaient sa position liée au pouvoir d’Etat.
D’après Blasenhien, à la différence de ses congénères de São Paulo, les mineiros, tout en ayant toujours l’air d’être peu munis d’argent, étaient capables de jouer tout le profit acquis l’année précédante[42]. Pour cette raison il arrivait très souvent que les propriétaires ne sachent pas déterminer de façon très précise quelle était leur situation financière réelle. Le commentaire d’un arrière-petit-fils de Balbina éclaircit le fait :

Mon grand-père avait l’habitude d’allumer son cigare avec des billets de mille réis.

Cela les menait à une dépendance systématique par rapport à l’appareil de crédit de l’Etat qui “prêtait de l’argent aux fermiers et recevait la garantie des terres et des esclaves[43]”. Le député de la région, marié dans la famille, servait d’intermédiaire auprès de la Banque du Brésil.

Les liens de parenté et les conditions d’exercice du pouvoir politique
Le plus important, au demeurant, c’est que ces stratégies matrimoniales ont engendré un type d’homme politique très particulier au Minas Gerais, qui était très tôt un homme politique à plein temps, un professionnel en activité politique continue. Il possède un nom facile à identifier dans le champ politique sans pour autant avoir des liens économiques directs avec la production rurale. Cependant, étant attaché à la région par le biais des alliances avec les propriétaires qui constituent l’élite locale, cet homme politique s’est mis à jouer deux rôles décisifs : médiateur et protecteur. Celui de médiateur entre la municipalité, le gouvernement de l’état et le gouvernement de la fédération est peut-être le plus important. C’est lui qui consolide, élection après élection, le pouvoir de ces “lignées politiques”. De ces hommes politiques, qui ont accumulé du pouvoir auprès de l’appareil d’Etat, les électeurs attendent une meilleure distribution des ressources publiques pour la localité où ils vivent. Des ressources qui peuvent aussi bien être matérielles (emploi, protection policière, santé, subsides pour les travaux publics d’intérêt local, etc.) que symboliques (défense de l’honneur d’une faction, parmi d’autres).
La tâche de médiateur entre l’Etat et le secteur productif n’était pas nouvelle, puisqu’il la remplissait déjà depuis l’Empire[44]. Le rôle de protecteur, en revanche, s’est affermi à partir de 1946. C’est le moment où, paradoxalement, les partis sont devenus plus importants dans le jeu de succession et où le “contingent” de la parenté employé dans la bureaucratie d’Etat s’est élevé. Cette argumentation (de quoi?) est venue du besoin de compétence technique dictée par le desenvolvimentismo des années 50 et par la technocratie des années 70. Les hommes politiques liés à l’Etat n’ont jamais méprisé leur responsabilité politique en matière de connaissances techniques et économiques. Surveillés par la famille, ses connaissances ont été renouvelées, car un soin spécial était pris pour le choix des écoles supérieures et pour les pratiques que chacun d’eux déployait dans les commissions techniques parlementaires. Pour ces hommes politiques il n’a pas été difficile de passer de l’économie politique aux politiques économiques exigées de nos jours.
Or, les changements imposés par le régime autoritaire (1964-1985) ont consolidé l’hégémonie financière de l’Union qui, étant à l’origine des programmes spéciaux pour les municipalités, a fait proliférer les agences responsables pour ces programmes et pour le transfert de ressources. La lutte dans le domaine administratif a de plus en plus exigé un pouvoir de négociation et de diplomatie de la part des agents politiques. Ils devaient être capables non seulement de mener les projets urbains, mais aussi de réduire leur financement en les confiant à des agences étatiques. C’est ce qui a rendu les hommes politiques de ces familles indispensables à la population, les transformant en représentants de fait des électeurs qui les désignaient.

La généalogie comme outil politique
La généalogie n’est pas seulement une source de données. Elle est aussi une source d’accumulation de capital symbolique, car la force du souvenir qui fait la construction généalogique est proportionnelle à la valeur que le généalogiste accorde aux mariages qui peuvent assurer la perpétuation d’un certain patrimoine. De cette manière, quand il trace les mariages, le généalogiste crée une réalité sociale visant à légitimer une certaine descendance. Il choisit celle qui est susceptible d’assurer la continuité et la cohésion de plusieurs générations ayant subi un travail de socialisation dans un univers organisé autour de la division en familles. Le résultat est que beaucoup de liens de parenté reconnus dans la généalogie ont été construits sur la base de diverses manipulations. Il s’agit de manipulations nécessaires à l’accumulation d’un capital symbolique. Pour les réaliser, le généalogiste filtre les éléments de l’expérience collective qu’un groupe déterminé cherche à se rappeler et voir rappelés pour les transformer en symboles. Ces symboles équivalent aux expériences sociales perçues comme importantes. Des expériences qui doivent être transmises par des exemples concrets et qui ont le pouvoir de rassembler les personnes à partir d’une même vision du monde, leur offrant une identité. Dans l’esprit des individus, la mémoire spécifique familiale et les souvenirs attachés à la société en général viennent cohabiter, car la généalogie ne célèbre que ce qui a déjà été reconnu dans la pratique[45].
Cet aspect de la construction généalogique acquiert une signification pertinente pour l’activité politique. En effet, lors qu’on analyse la généalogie produite par Alves Pequeno, on se rend compte que l’envie de laisser des traces est proportionnelle au pouvoir de barganha (négociation) que détiennent les agents politiques de ces groupes, mesuré en fonction de leur cohésion interne.
La cohésion interne, comme on l’a vu précédemment, a été attribuée à la femme, avec un frère célèbre. Lui octroyant la primauté des lien de parenté, l’auteur de la généalogie non seulement offre une identité à la famille, mettant ensemble des personnes éparpillées dans plusieures lignées masculines, mais aussi il légitime des traits de la pratique politique qui étaient incorporés dans ces groupes familiaux. Une des pratiques les plus significatives est celle de se servir du nom du Marquis de Paraná (mort en 1856) pour rappeler aux membres de la famille leur place dans la société à venir. Ce nom sert encore d’identification aux hommes politiques de la branche Canêdo de la généalogie. Rebelo Horta, par exemple, les a appelés les “neveux du Marquis de Paraná”[46]. Mais c’est un entretien avec une Canêdo, née en 1937, qui éclaircit l’utilisation de cette image du passé pour l’accumulation du capital symbolique par le mariage :

Quand j’étais à Barbacena, j’entendais toujours une de mes cousines dire qu’il fallait que je fasse attention à ne pas me diminuer face à mes petits-amis, car j’étais la nièce du Marquis du Paraná. Et le docteur Galdino [marié à la cousine] disait, lors qu’il l’entendait: ‘Etre nièce de marquis não enche barriga de ninguém[47]

Des témoignages d’autres femmes incorporées à la généalogie révèlent les effets de la stratégie de mariage dans le jeu familial où elles sont utilisées commes des atouts pour l’accumulation du pouvoir politique. Elles réprésentent le paradoxe de la vie féminine à l’intérieur de ces familles où l’identité est donnée par les grand noms existants dans la descendance. C’est une vie occulte, introvertie, avalée par les pouvoirs de ceux qui décident des mariages, les morts, les lois, mais qui en même temps est capable de force pour agir dans le monde extérieur, soit pour conserver l’ordre, à travers les mariages – ou la vie célibataire – soit pour contester cet ordre, comme le raconte D. Isabel Novaes, une arrière-petite-fille de Balbina.

Ma cousine aimait le pharmacien. Mais comme en plus il était assez basané, son père a empêché les fiançailles. Elle s’appelait Ernestina et était très jolie. Elle a dit qu’elle se suiciderait si son père ne la lassait pas se marier avec le pharmacien. Et elle s’est finalement suicidée. Elle avait des longs cheveux qui atteignaient les pieds. Tous les soirs elle les lavait et dormait sans les sécher. Elle a eu la tuberculose et en est morte.[48]

Sous cet aspect, il n’est pas étonnant de constater le type d’éducation qui leur était offerte. Depuis Balbina, on se rend compte par l’écriture et le style dans les documents familiaux, elles avaient toutes un bon niveau d’instruction[49]. Les études réalisées en d’importantes écoles religieuses, sous la surveillance sévère des parents (“Il faut que mes filles soient instruites, pour leur bien et ma fierté”, l’a écrit Afonso Pena à sa femme Mariquinhas, petite-fille de Balbina), ne leur offraient aucune forme de préparation pour la vie rurale, ce qui rend évident le désir de leur préserver un style de vie capable d’incorporer des valeurs urbaines et un bon mariage dans la haute sphère de l’Etat. Les entretiens et les documents familiaux analysés révèlent des aspects contradictoires de ces valeurs inculquées : avec les narratives et les photos de voyage, qui montrent et parlent de mondes nouveaux, on valorise la vie familiale fermée aux étrangers. Ainsi, elles étaient gardés d’avoir des liens avec des gens hors des limites des intérêts familiaux, comme une union avec quelqu’un qui afficherait une vie ”trop libre”[50].
Quand un mariage ne peut pas se faire selon les attentes – et cela est fréquent dans les groupes familiaux qui souffrent d’une chute de prestige social ou économique – cela impliquait, c’est ce qu’écrit l’une des recensées, “le retour à Muriaé, où elle a habité depuis sa jeunesse jusqu’aujourd’hui chez ses Parents. Après le décès de ses Parents, elle a continué d’y vivre, avec sa soeur Maria Isabel, dans la même maison, rue Dr. Alves Pequeno[51]”. Toutes ces vieilles filles de la famille, à qui il était défendu de se marier “vers le bas” pour ne pas dilapider le patrimoine politique familial, avaient la dure mission de préserver dans la “maison ancienne”, qui avait connu des morts et des naissances, la mémoire familiale, le lieu ou devait se transmettre le sentiment de posséder un nom et préserver l’union entre les générations[52]. Il leur était dû de “faire leur devoir”. Eviter ce que beaucoup de cousines avaient fait : choisir un “mari impropre” et disparaître de la vue de ses familiers. En d’autres mots, disparaître de la généalogie, car les unions reconnues par le généalogiste sont celles recueillies des informations des parents. Cependant, parce qu’elles ne laissent pas des descendants, ces vieilles filles accomplissent un sacrifice qui ne les éternise pas non plus dans le “livre de famille”. Sans descendance, elles ne sont plus utiles après leur mort.
Cela permet de poser des questions sur un autre aspect de cette construction symbolique de la généalogie sur laquelle on travaille : comment tant de talents masculins ont pu être introduits dans une lignée familiale où le nombre de femmes est remarquable.
Pour ce qui est de cet aspect, les ‘talents politiques’ recencés par Alves Pequeno ont pu entrer dans la généalogie grâce à des mariages avec des femmes de la ligée. Elles n’étaient pas n’importe quelles femmes, mais des femmes socialisées dans une famille où la gestion du capital social est réalisé par elles. Une gestion décisive pour l’accumulation de chaque type de capital nécessaire au succès des individus sélectionnés par la famille pour entrer dans la voie politique. Une getion avec un rapport stratégique avec le passé.
Cela se voit aussi dans le tracé vertical de la généalogie. Dans ce tracé, l’idée du passé est présente dans l’venir que sont en train de construire les alliances réalisées. Celles-ci deviennent des facteurs décisifs pour l’accumulation de tout le capital dont les individus concernés ont besoin pour rester membres de la famille
Suivant cette même idée, un autre généalogiste – Antonio Carlos de Valadares[53] – fait ressortir l’importance du mariage de l’ancien président du Brésil Afonso Penna avec une “nièce du Marquis du Paraná”. Cela expliquerait l’impulsion donnée à sa carrière politique, alors qu’il était un modeste avocat de province. Après ce mariage, sans que le changement de régime – monarchie ou république – ait changé quoi que ce soit, il a occupé plusieurs postes de grand prestige : Ministre de l’Empire, Conseiller d’Empire, Président de l’état de Minas Gerais, Président de la République, entre autres. Ainsi écrit l’auteur :

[Afonso Penna] a été diplômé [à la Faculdade de Direito de São Paulo], mais il n’a pas suivi une carrière académique, il a modestement exercé son droit dans sa ville natal, Santa Bárbara.
Plus tard, il a transféré son activité dans la ville de Barbacena, où il a épousé, le 23 janvier 1875, Mlle. Maria Guilhermina de Oliveira Penna, fille du comendador João Fernandes de Oliveira Penna et nièce du Marquis du Paraná, “homme politique très influent aux temps de l’Empire”, selon ce qu’Afonso Penna lui-même a écrit, dans une lettre que je détiens.

Mais d’autres hommes introduits dans la généalogie grâce à des mariages avec les descendantes de Balbina Honória ont été à composer les capitaux nécessaires pour transformet la construction généalogique avec un type de capital à la fois social et symbolique. Parmi eux, on retrouve Benedito Valadares. Il est mort en 1978, reconnu comme étant l’homme de Getúlio Vargas dans le Minas Gerais pendant l’Etat Nouveau (1937-1945). Il était surnommé “le grand renard mineiro” et a été le président du puissant PSD dans les années 50 et en a toujours fait partie de la direction nationale jusqu’à l’extension du système pluripartidário (où plus de deux partis étaient permis), en 1965.
L’ascension de Benedito Valadares doit beaucoup à son mariage avec une arrière-petite-fille de Balbina Honória, dont la famille jouissait de nombreuses relations sociales et politiques. Odete, l’épouse de Benedito, avait une soeur mariée à un prestigieux neveu de Getúlio Vargas – Ernesto Dornelles – qui a été chef de la police de Minas Gerais, après le coup d’état de 1930. Avant son mariage Valadares était inconnu, selon une étude faite par Simon Schwartzman[54] : “L’indication de Valadares à l’interventoria de Minas a été une grande surprise pour tout le monde. (…) Il est curieux de voir comment Benedito Valadares justifie le fait d’être allé Getúlio après la mort du président de Minas, Olegário Maciel. Pour lui, cette mort “a été un terrible choc, car, outre que je l’estimais beaucoup, je restais sans repères, privé du chef et du guide qui était tellement nécessaire aux jeunes gens entrées dans la vie publique. (…) Les jeunes se colletaient dans la compétition politique”. (Benedito Valadares, Memórias, Rio de Janeiro, Civilização, 1966).C’est alors que Valadares va voir Getúlio Vargas à Rio, “cherchant de l’orientation”, et il sort de la rencontre virtuellement comme l’homme de Minas. (…) ”

D’après une interview[55] avec Pio Canêdo, arrière-petit-fils de Balbina, lui même un homme politique influent dans le Minas Gerais, l’ascention de Benedito Valadares dans le champs politique doit beacoup à son mariage avec une arrière-petite fille de Balbina Honória. Odete, l’épouse de Benedito, avait une soeur mariée à un prestigieux neveu de Getúlio Vargas – Ernesto Dornelles – qui a été chef de la police de Minas Gerais, après le coup d’état de 1930. Avant son mariage, Valadares était inconnu. Il a été choisi par Getúlio Vargas, d’après l’interwievé, pour que le projet de l’Estado Novo ait du succès dans le Minas, qui était poilitiquement partagé entre les anciennes oligarchies.

Quand Benedito [Valadares] a été choisi pour le poste d’interventor il n’a pas été bien vu, d’abord parce qu’il ne faisait pas partie de la première ligne de la politique du Minas, et puis parce qu’il n’était pas très connu à l’époque. En fait, le choix de Benedito a été fait par des raisons familiales. La soeur de D. Odete, sa femme, qui appartenait à la famille Maldonado, de Barbacena, était mariée avec Ernesto Dornelles, qui était un cousin de Getulio Vargas et qui a occupé d’importants postes dans le Minas. Ovidio de Abreu avait l’habitude de dire que la politique mineira était faite avec des liens de famille. Carlos Luz a amplement soutenu Milton Campos en 1947 parce qu’il a été marié, de son premier mariage, avec une soeur de D. Déa, la femme de Milton. Tancredo avait une tante qui avait été mariée avec le frère d’Ernesto Dornelles. Zequinha Bonifácio et Bias Fortes étaient mariés avec deux soeurs, ainsi que Juscelino Kubitchek et Gabriel Passos[56].

Lorsque l’interviewé cite les alliances matrimoniales il déchiffre l’union du monde politique avec le monde social, mais aussi il permet de réfléchir sur une gestion familile suffisament efficace pour mener ses membres à résister aux aléas de la vie politique et même au changement dans le jeu politique, car ce n’est par surprenant que toutes les personnes citées aient atteint les postes les plus hauts de la République et aient pu les transmettre à des descendants ou à des filleuls[57]. Avec l’ombre d’obscures femmes, ils ont atteint le capital politique et social nécessaire à l’impulsion de ses carrières, faisant qu’elles soient fiables même lors des moments des transition.
Ainsi, l’écrit généalogique, c’est à dire, la preuve d’un capital accumulé depuis des générations, légitime la famille. En ce sens, celle-ci s’est transformée, pour les agents intéressés, en un important atout du jeu politique. La famille s’inscrit dans une continuité et marque de cette manière la solidité de son pouvoir social, sa maîtrise du temps et sa capacité d’adaptation[58].

NOTES
[2] Mineiro, mineira : propre de Minas Gerais. Nous avons préféré conserver certains vocables portugais lors que leurs sens et leurs poids politiques et scientifiques nous paraissent ne pas être suffisamment soulignés dans une traduction littérale. Nous donnons entre parenthèses le mot français le plus proche.
[3]Cid Rebelo Horta, «Famílias governamentais em Minas Gerais», II Seminário de Estudos Mineiros, Belo Horizonte, UFMG, 1956.
[4]Frances Hagopian, «The Politics of Oligarchy: the persistence of the traditional elites en contemporany Brazil», thèse de doctorat, Massachussets, 1990.
[5]Pour une discussion du dualisme politique, voir Jean-Louis Briquet, «La tradition en mouvement – La politique clientelaire et ses transformations dans la Corse contemporaine», thèse de doctorat en sciences politiques, Université Paris I, 1994. Voir sur le Minas Gerais, Amilcar Viana Martins Filho, «Clientelismo e representação de interesses em Minas durante a Primeira República», Belo Horizonte, UFMG, Faculdade de Ciências Econômicas, Sala Mineiridade, 1980 (mim.).
[6] Le Centro de Pesquisas e Documentação Contemporânea – CPDOC – de la Fundação Getúlio Vargas, Rio de Janeiro, est connu par ses archives où on retrouve des interwies avec des hommes politiques contamporains. Sur le Minas Gerais voir Norma de Goes Monteiro (coord.), Dicionário Biográfico de Minas Gerais – período republicano 1889-1991, Belo Horizonte, UFMG, Centro de Estudos Mineiros?Assembléia Legislativa do Estado de Minas Gerais, 1995. Une manière originale d’utiliser les biographies est celles d’Annie Collovald, «Identités stratégiques», ARSS, nº 73, juin 1988, principalement parce que l’auteur utilise deux biographies de Jacques Chirac parues en deux différentes maisons d’édition pour analyser la manière comment sont construites les identités et les inventions identitaires, dans la relation entre les instances biographiques et l’enjeu proprement politique. Original est aussi la minière dont Rémi Lenoir analyse un type spécial de correspondance politique, celle où les hommes politiques sont amenés à répondre sous forme de lettre à des demandes d’interventions personnelles en faveur d’une cause défendue par une association. Voir «Réponses et répondants», ARSS, nº 73, juin 1988.
[7]Entretien avec Eugênio Klein Dutra, 20/07/86.
[8]Sur ce sujet voir Mona Ozouf, «Quelques remarques sur l’acte de vote dans une commune bretonne», in L’acte du vote en question : Expériences françaises et étrangères de la pratique électorale, Paris, Université Paris I, 1992. Voir aussi Yves Pourcher, Les notables de Lozère du XVIII siècle à nos jours, Paris, Olivier Orbani, 1987, et la thèse de doctorat en sciences politiques de J.L. Briquet, opus cit.
[9] [9] Waldemar Alves Pequeno, Raízes Mineiras e Cearenses, Belo Horizonte, Imprensa Oficial, 1970. Le travail sur la généalogie a consisté en une transposition des données sur des fiches individuelles. La généalogie présentant des lacunes en raison de l’élimination de certaines branches et du manque de dates (de naissance, de mariage et principalement de mort), on a choisi de compléter les données en interviewant les personnes enregistrées. On a catalogué 1692 personnes et on s’est servi de l’informatique ensuite pour faire le croisement de données ce qui a permis de faire la relation entre trois espaces sociaux : l’espace familial (où les stratégies de l’éducation et du mariage sont mises en pratique), l’institution scolaire (où sont préparés les porteurs du savoir nécessaire aux différents mouvements du processus social) et l’espace des agences gouvernementales, avec le postes et le positions de pouvoir qui se sont établis.
[10] Les entretiens ont été réalisés avec des personnes inscrites dans la généalogie qui ont bien voulu les accorder. Parmi les entretiens, deux sont d’hommes politiques, treze de hauts techniciens de l’administration de l’Etat de Minas Gerais (un d’eux est aussi le président du Club des Engénieurs, une organisation nationale). Le témoignage de quinze femmes de la lignée a complété les données de la généalogie, avec des dates, la scolarité des membres, les postes publiques occupés et des précisions sur certaines carrières politiques qui ont eu du succès ou qui ont échoué. A l’aide de ces femmes, j’ai pu acceder é bon nombre de documents familiau, comme des lettres et principalement des articles et des folhetos qui célébraient leurs parents masculins. Les archives de cette famille se trouvent à la Fondation Henrique Hastenreiter, à Muriaé, MG. Toute la documentation de cette fondation est classée par le nom des familles de la Zona da Mata considérées illustres par le président de la fondation. Le travail a reccueilli aussi des témoignages d’hommes politiques de ces autres familles, parus en des livres organisés par jounalistes et histories, tels :
[11] La Zona da Mata est située à l’est de l’Etat de Minas Gerais, à la frontière de Rio de Janeiro. Son peuplement a commencé au à la deuxième moitié du XIXème siècle grâce à la culture du café.
[12] Hagopian, opus cit.
[13]
[14] Le Gabinete da Conciliação n’a certainement pas été celui de la conciliation, mais sa politique modéré a permis la consolidation et l’alternance au pouvoir des deux partis politiques nationaux existants dans l’Empire: le parti Conservador et le parti Liberal. En ce sens la Conciliação s’est prolongé bien après la date 1853-57, jusqu’aux années 1870. Aujourd’hui encore le mot clé est employé dans le milieu politique brésilien à la place du mot ‘accord’, quand il s’agit d’éviter des conflits d’intérêt.
[15] Voir sur le sujet Katia Mattose, Família e sociedade na Bahia do século XIX. São Paulo, Corrupio, 1988. Au Brésil, l’enfant porte le nom de deux parents, formant un nouveau patronyme indicatif de la douple présence familiale. Cependant, quand une femme se marie elle abandonne le nom maternel et prend celui du mari, sans qu’il s’agisse de filiation patrilinéaire.
[16] W. Alves Pequeno, opus cit. p. 13-14.
[17] Le Brésil a été élévé à la ccatégorie de Royaume Uni au Portugal et à Algarves en 1815. L’indépendance a eu lieu en 1822, mais le processus avait commencé à partir de l’arrivée de la famille royale portugaise au Brésil en 1808, après l’occupation du Portugal par les troupes de Junot.
[18] L’activité commerciale au Brésil était monopolisée par des hommes nés au Portugal, normalement des parents d’autres commerçants vivant dans la Métropole. Voir E. Kugnesof, “A Família na sociedade brasileira : parentesco, clientelismo e estrutura social – 1700-1890”, Revista Brasileira de História, vol. 9, n° 17, p.52-53, set. 1988, fev.1989. Voir aussi Maria Yeda Linhares, História do abasteciemento, uma problemática em questão (1530-1918), p. 163-164.
[19] Les capitaines étaient choisis par le gouverneur portugais à partir d’une liste de trois noms présentée par la chambre de leur juridiction. Ils étaient choisis ayant pour base leur ‘noblesse et richesse’ et devaient être obéis sans être questionnés. Ce titre étai octroyé avec celui de gentilhomme, comme une voie d’accès au pouvoir local. Cf. E. Kuznesof, opus cit, p. 41. Voir aussi : H. Peregali, Recrutamento militar no Brasil colonial, Campinas, UNICAMP, 1986 et Augusto de Lima Junior, A Capitania das Minas Gerais, Belo Horizonte, Itatiais, 1978, p. 78.
[20] Voir Gilberto Freire, Casa Grande e Senzala. Voir aussi Katia Mattoso, opus cit. et les romans du cicle régionaliste du Nordeste.
[21] Les rapports de la noblesse portugaise avec la terre étaient différents de ceux de la noblesse française. D’après Sérgio Buarque de Holanda, História da Civilização Brasileira, São Paulo, DIFEL, 1960, p. 18, “la noblesse [portugaise] n’a jamais créé des racines à la campagne. Elle était dépendante de la Casa de Avis, d’où elle obtenait des seigneuries, des charges et des grâces”. Voir Raymundo Faoro, Os Donos do poder, Porto Açegre, Globo, 1976, cap. 2 e 3.
[22] D’après le recensement de 1872, Minas Gerais concentrait 20,5% de la population brésilienne, contre 13,9% à Bahia et 8,4% à São Paulo. La province avec la plus peuplé du pays, après la fin des cativités minières (fin du XVIIIème) était dépourvue d’une activité importante et lucrative.
[23] Dans une étude comparative de quatre provinces brésiliennes, Minas Gerais, São Paulo, Rio Grande do Sul et Pernanbuco, Schwartzman, Bases do autoritarismo brasileiro, Rio de Janeiro, Campus, 1982, p. 27-42, fait remarquer la différence existante entre les paulistas (originaires de São Paulo), isolés du reste du pays (jusqu’à la deuxième moitié du XIXème) et les habitants des autres provinces, en particulier ceux de Minas, qui gardaient la structure bureacratique de l’administration coloniale.
[24] Il est important de signaler que la Constitution brésilienne a empêché la formation d’une aristocratie au Brésil. Ces titres n’étaient pas héréditaires, ils n’avaient qu’une valeur honorifique et attestaient la dépendance au gouvernement impérial.
[25] Le Gabinete da Conciliação n’a certainement pas été celui de la conciliation, mais sa politique modéré a permis la consolidation et l’alternance au pouvoir des deux partis politiques nationaux existants dans l’Empire: le parti Conservador et le parti Liberal. En ce sens la Conciliação s’est prolongé bien après la date 1853-57, jusqu’aux années 1870. Aujourd’hui encore le mot clé est employé dans le milieu politique brésilien à la place du mot ‘accord’, quand il s’agit d’éviter des conflits d’intérêt.
[26] Observation d’un finacier belge, le Conte de Strater Ponthos, cité par S.B. de Holanda, História da Civilização Brasileira, Tome IV, vol. 5, p. 83.
[27] Les Gerais avaient déjà atteint une subsistance relativement auto-suffisante à partir des années 1750. Mais la nouvelle configuration historique de Minas Gerais (d’urbaine à rurale) ne se montre clairement qu’au début du XIXème. Il ne s’agissait pas d’une économie agricole comme le plantaition, ni éteit-elle orienté pour l’exportation, puisque l’isolement du marché extérieur, la diversification et l’auto-suffisance étaient ses principales caractéristiqus. C’est ainsi que la thématique de la décadence a gagné place. Pour une étude , non pas de la écadence économique, qu’il semble ne pas avoir eu lieu dans le Minas Gerais, mais de cette décadence existente dans l’imaginaire mineiro, voir Maria Arminda Arruda, Mitologia da mineiridade, São Paulo, Brasiliense, 1989. Sur l’économie du Minas au XIXème voir le travail de Roberto Martins dont le titre suggestif est “Growing in silence”, Vanderblit University, Nashville, 1984.
[28] Pendant la période coloniale, la terre pouvait être obtenue aussi bien par la simple occupation, comme par donation de la Couronne. Comme la terre vierge était disponible en des grandes quantités, chacun qui se disposait à aller dans les régions sans aucun intérêt commercial pouvait contrôler des morceaux de terre. La Lei de Terras de 1850 a représenté un essaie de régulariser la propriété rurale, et le travail dans les propriétés, selon l’expansion du pays et les possibilités du marché à l’époque. La loi a interdit l’obtention de terres publiques par n’importe quel autre moyen que l’achat. La loi a été inspiré sur la supposition que, dans une région où l’accès à la terre était aussi facile, il aurait été impossible aux gens de travailler dans les propriétés, si ce n’étaient pas des esclaves. Voir sur le sujet, entre autres, Emília Viotti da Costa, “Política de terras no Brasil e nos Estados Unidos”, in Da Monarquia à República, São Paulo, Ciências Humanas, 1979, p. 127-147
[29] Voir M.A. Arruda, opus cit. Voir aussi Peter Louis Blasenhein, “A Regional History of the Zona da Mata in Minas Gerais, Brazil : 1870-1906”, thèse de doctorat, Stanford, Stanford University, 1982. P. 82.
[30] Tavares Bastos, A Província, São Paulo, Cia. Editora Nacional, 1937, p. 159. Tavaros Bastos était un député libéral et ses prpos expriment une critique à la Loi d’Interprétation du Code du Procès Criminal, de 1841.
[31] Desembargador : le plus haut poste de la magistrature brésilienne.
[32] Ces archives se trouvent à la Fondation Hastenheiter, cité plus haut en note. On y retrouve non seulement des brouillons de ses lettres et sentences, mais aussi des factures d’achat de terre, de maison et le brouillon du partage de ses biens.
[33]
[34] Sur le Brésil voir Lucila Brioschi, “Família e Genealogia : quatro gerações de uma grande família do sudoeste brasileiro (1750-1850)”, dissertação de mestrado, FFLCH, USP, 1984. Pour le cas français voir Yves Poucher, opus. cit. Voir aussi François Héran, Le Bourgeois de Seville – terre et parenté en Andalousie, Paris, PUF, 1990.
[35] L. Brioschi, opus cit
[36].Elizabeth Kuznesof, opus cit. Voir aussi Linda Lewin, Politics and parentela in Paraiba, Princenton, Princenton University Press, 1987.
[37] Voir su ce sujet, Edgard Carone, A República Velha, São Paulo, Difusão Européia do Livro, 1970, p. 272. Voir aussi John Wirth, Minas Gerais and the Brazilian federation, 1889-1937, Standford, Standford University Press, 1973; A. V. Martins, opus cit.
[38] Viana Martins, “Clientelismo e representação de interesses em Minas Gerais durante a Primeira República”, Faculdade de Ciências Econômicas, UFMG, p.22. L’auteur ….
[39] Coronel: titre donné populairement aux chefs locaux, propriétaires de terre.
[40] Entretien avec Pio Canêdo, 20/07/86. Il a débuté sa carrière politique dans les années 20, pendant la campagne de la Aliança Liberal dont il faisait partie avec son cousin Affonso Penna Júnior. Entre autres postes, il a occupé celui de maire de Muriaé, il a été député durant plusieurs législatures, secrétaire de l’intérieur, secrétaire de l’agriculture, un des fondateurs et tête du PSD, vice-gouverneur de Minas Gerais, vice-président de la Banque de l’Etat de Minas Gerais, directeur de la fondation João Pinheiro.
[41] Entretien avec Afonso Canêdo, 23/12/88.
[42]
[43] Blasenheim, opus cit., p. 43.
[44] A propos des difficultés de l’économie mineira voir, A. V. Martins, opus cit.
[45] Voir Beatrix le Witta, “Mémoire : l’avenir du présent”, Terrain, n° 4. Mars 1985.
[46] C.R. Horta, opus cit., p. 75.
[47] Expression populaire (‘ne remplit pas le ventre’) qui renvoie aux ressources matérielles par opposition aux ressources symboliques.
[48] Entretien avec D. Isabel, 02/89. Elle avait 94 ans et était encore très lucide.
[49] D. Isabel Novaes, sans argent pour payer des professeurs particuliers, reaconte qu’elle assistait aux cours de français offerts à ses cousines. Entretien cité.
[50] Une des petites-filles de Balbina s’est servi de cette expression lors d’un entretien. Vielle fille, elle se rappelait son enchantement pour Pedro Nava, dans les années 20. Nava était un médecin de renommée internationale et appartennant à la Antologia dos poetas brasileiros bissextos e contemporâneos. Lui-même raconte son enchantement pour elle dans un de ses livres de mémoires, Galo das Trevas, Rio de Janeiro, Nova Fronteira, 1987, p. 420-432.
[51] Extrait d’un questionnaire envoyé à toutes les femmes de la généalogie qui avaient complété 80 ans. Cette réponse étonne du faite d’être écrite à la troisième personne et que le mot Parents est en majuscule, ce qui me semble un manque total de vie personnelle vécue par les vieilles filles de cette famille.
[52] Voir Cláudia Fonseca, “Solteironas de fino trato : reflexões em torno do (não)casamento entre pequenos burgueses no início do século”, in Revista Brasileira de História, vol. 9, p. 99-120, ago/out 1989. L’auteur défine ce type de vieille fille en fonction de sa réputation : cette femme qui “apparemment” ne s’est jamais mariée, n’a jamais eu d’enfant et n’a jamais vécu maritalement avec aucan homme. D’après elle, ce type de femme n’apparaît qu’un des contextes où trois facteurs se combinent : status socio-économique, organisation doméstique et stratégie de réproduction.
[53] Antonio Carlos de Valadares. “A ascendência portuguesa do presidente Afonso Penna”, in Revista do Instituto Histórico e Geográfico, Rio de Janeiro, 1978, p. 71.
[54] Simon Schwartzman, Base do autoritarismo brasileiro, Rio de Janeiro, Campus, 1982, p. 111-112.
[55] Mascarenhas Vaz, Israel, uma vida para a História, Cia do Vale do Rio Doce, 1996, p. 181. Propos de Pio Canêdo.
[56] Propos de Pio Canêdo. Mascarenhas Vaz, opus cit., p. 181.
[57]
[58] Sur la mémoire familiale voir: B. De la Witta, “Mémoire: l’avenir du présent”, in Terrain, n°4, mars, 1985.

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